Véhicule électrique : des solutions pour la recharge en copropriétés ou en entreprises

Prise de recharge de Type 2 d'un véhicule. (c) Zeplug

Les chiffres d’achat de véhicules électriques sont toujours en forte hausse en France, mais le problème de la recharge reste la première préoccupation des acheteurs potentiels, notamment ceux habitant en copropriété. Les solutions techniques proposées par les professionnels, les aides à l’investissement et la réglementation aident les utilisateurs actuels ou futurs à résoudre cette question qui n’est plus un casse-tête. Le risque de se retrouver sans solution fiable pour une utilisation journalière de son nouveau véhicule électrique (VE) n’est plus d’actualité.

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Les chiffres du premier trimestre 2019 confirment la forte progression des ventes de VE en 2018. Ainsi, 12 529 véhicules électriques particuliers ou utilitaires ainsi que 3 906 véhicules hybrides ont été immatriculés de janvier à mars, soit une progression de 35 % par rapport au 1er trimestre 2018. Si la Renault Zoé reste en tête des ventes (4 229 unités), la Tesla Model 3 prend la deuxième place avec 1 554 unités. Pour l’AVERE (Association pour le développement de la mobilité électrique) , le cumul des immatriculations depuis 2010 est de 218 348 VEL et VHR, le marché français ayant été en 2018 le 3e en Europe, derrière la Norvège et l’Allemagne.

Concernant les IRVE, la France compte 24 850 points de recharge publics et, selon Joseph Beretta, président de l’AVERE-France, environ 160 000 points de recharge privés, leur décompte étant plus délicat. Rappelons que l’objectif du gouvernement est d’atteindre 1 million de VE/VHR en 2022 et 100 000 points de recharge accessibles au public. Le maillage du territoire en bornes se fait avec une répartition assez homogène, avec des réseaux dans les métropoles urbaines et grandes villes mais aussi beaucoup d’initiatives en région. Cécile Goubet, secrétaire générale de l’AVERE-France, rappelle l’importance de ce maillage d’ensemble : « Les conducteurs de véhicules électriques doivent pouvoir facilement trouver une borne de recharge. Il faut pour cela poursuivre l’accompagnement des territoires dans le déploiement de leurs infrastructures. Bien que le programme de subvention de l’Ademe soit terminé, le programme Advenir permet de réduire de 40 % les coûts d’achat et d’installation en finançant jusqu’à 1 860 euros par point de recharge, et offre des facilités pour l’installation de bornes à la demande. Une optimisation du maillage du territoire est en effet possible en développant un système d’installation à la demande, à l’instar de Strasbourg ou Saint-Étienne, où les automobilistes peuvent choisir l’emplacement des futures bornes. Il est également possible de réduire les coûts en installant des points de recharge sur des lampadaires, comme cela a été testé avec succès à La-Roche-sur-Yon. »

Recharge de véhicules électriques sur le parking d’un immeuble de bureaux. (c) Schneider Electric

Doper l’implantation des points de recharge privés
Le bon résultat de 1 point de charge pour 6,8 VE en circulation ne doit pas faire oublier l’objectif de développement du nombre de points de charge privés qui représentent 80 à 90 % des recharges : charge à domicile, ou dans les entreprises pour leur flotte VE ou les véhicules de leurs collaborateurs.

La recharge d’un véhicule dans un parking se fait simplement à partir d’une wallbox Witty de Hager. (c) Hager

Des solutions de charge correspondant aux usages des Français : ils parcourent en moyenne 29 km par jour et 80 % d’entre eux effectuent quotidiennement moins de 50 km : une distance bien adaptée au véhicule électrique et à la recharge au domicile de nuit ou pendant la journée de travail sur le parking de l’entreprise. La situation est relativement simple et peu onéreuse pour un utilisateur vivant en habitat individuel et disposant d’un garage ou d’une place de parking privative : la charge peut se faire en 8 à 10 heures à partir d’une prise dédiée (limitée à 8 A en mode 1 ou 2) ou, plus efficace, d’une borne murale (wallbox) de 4 à 11 kW, voire 22 kW en mode 3. Mais la situation devient plus compliquée en habitat collectif ou en copropriétés pour celles disposant de parkings ouverts ou en box. La priorité est donc de faciliter et développer ces implantations.


Depuis le « droit à la prise » une législation qui évolue pour faciliter ces implantations de points de recharge

Le « droit à la prise » (décret n° 2011-873 du 25 juillet 2011) est le droit pour tout occupant d’un bâtiment d’habitation (propriétaire ou locataire) de faire réaliser les travaux pour l’installation d’une infrastructure de recharge au niveau de sa place de stationnement, à ses frais, après en avoir informé le propriétaire de l’immeuble ou le syndicat des copropriétaires (représenté par le syndic). Cette procédure doit aboutir dans la plupart des cas – le propriétaire ou le syndic ne pouvant s’y opposer qu’en saisissant le tribunal d’instance –, mais peut se révéler longue jusqu’à dépasser une année. Un délai que les propriétaires de VE risquent de trouver bien trop long.

Borne de recharge Zeplug installée dans le parking d’un immeuble d’habitation. (c) Zeplug

D’où l’idée de Frédéric Renaudeau, fondateur de la startup Zeplug, de proposer une prestation clés en main pour les particuliers en copropriété : « Zeplug s’occupe de tout : après visite technique, préparation du dossier d’AG et passage en AG, nous finançons l’installation de l’alimentation dédiée aux bornes de recharge, l’ouverture d’un compteur à notre nom et le câblage jusqu’à la borne. L’utilisateur finance la borne de recharge pour un montant forfaitaire de 499 à 799 € TTC, prix de revient après déduction, sous réserve d’éligibilité, de l’aide Advenir et du crédit d’impôt Cite. Il souscrit ensuite un abonnement mensuel forfaitaire incluant toutes les prestations : coût de l’électricité, maintenance, SAV. Cet abonnement calqué sur celui des opérateurs télécoms débute à 19,90 €/mois suivant la puissance et peut être résilié à tout moment. »

Pour les constructions neuves, depuis le décret n° 2016-868 du 13 juillet 2016, les parcs de stationnement intérieurs ou extérieurs doivent être pré-équipés pour faciliter l’installation ultérieure de bornes de recharge. Ce pré-équipement est défini par les articles R11-14-2 à R11-14-3-2 du code de la construction. Des objectifs minimaux de nombre de places à pré-équiper sont donnés par ce décret. Des dispositions qui ne sont plus limitées aux bâtiments neufs à usage d’habitation, mais s’appliquent également aux bâtiments neufs à usage industriel ou accueillant un service public ou un ensemble commercial.
Pour plus de détails, on peut se reporter au guide « Installations dédiées à la recharge des véhicules électriques ou hybrides rechargeables » de juin 2018 du ministère de la Transition écologique.

Des bâtiments tertiaires et industriels qui s’équipent pour leurs salariés
Depuis le 1er janvier 2015, les bâtiments de bureaux avec parc de stationnement doivent être équipés de points de recharge avec un minimum de places équipées. Dans le domaine commercial et industriel, de nombreuses entreprises ont pris les devants en installant des points de recharge pour leurs salariés, mais aussi pour leur flotte de VE de service.

Borne de recharge Zeplug

Des solutions existent, pour Frédéric Renaudeau : « Zeplug propose pour un site des bornes achetées ou louées avec leurs véhicules électriques, par abonnement pour pouvoir faire évoluer les besoins (puissance, nombre). Il y a de plus en plus de flottes avec des bornes de recharge à domicile. La formule par abonnement résiliable à tout moment est très souple (départ du salarié). La flotte de Saint-Gobain repose sur ce système, et pour certaines entreprises cela permet de passer à la recharge à domicile qui peut concerner jusqu’à 80 % de la flotte, ce qui n’était pas toujours compris jusqu’à maintenant par les entreprises. La recharge à domicile est complémentaire de la recharge sur le lieu de travail. »

Pour sa nouvelle plateforme logistique de Castelnaudary, c’est à MobilyGreen que Socamil, centrale d’achats du groupe E.Leclerc, a confié l’installation de 148 points de recharge pour alimenter une flotte de 180 véhicules électriques. Ces 74 bornes EVLink Parking 2 x 7 kW de Schneider Electric seront associées à un système de pilotage énergétique en temps réel pour allouer dynamiquement la puissance disponible aux différents points de charge. Les salariés de Socamil pourront utiliser ces bornes, mais aussi, grâce à la carte MobilyPass de MobilyGreen, plus de 45 000 bornes de recharge publiques.

Pour tous ces opérateurs, les services sont en effet importants pour aider et rassurer les usagers : assistance et études avant implantation, installation par une société certifiée IRVE (Qualifelec ou Afnor), exploitation et surveillance à distance, maintenance et dépannage, facturation simple aux usagers.


Qualifelec : plus de 620 entreprises qualifiées avec la mention IRVE à fin mars 2019

Le cap des 600 entreprises qualifiées IRVE par Qualifelec a été dépassé au premier trimestre 2019. Cette qualification, obligatoire suite au décret 2017-26, peut s’obtenir en complément d’une qualification Courants forts, Éclairage public, Branchements et réseaux et Solaire photovoltaïque à la suite d’une formation spécifique (par un organisme lui-même agréé).

Ces formations proposent 3 niveaux :
• Formation de base niveau 1 (durée 1 jour minimum)
• Formation expert niveau 2 (durée 2 jours minimum)
• Formation recharge rapide (durée 2 jours minimum)

11 organismes de formation étaient agréés au 19/2/2019 selon les niveaux.


Les grands acteurs de l’énergie s’impliquent dans la mobilité électrique
Enedis, en tant que gestionnaire du réseau public de distribution et dans le cadre de ses missions de service public, s’est intéressé très vite au développement des bornes de recharge (raccordement de nouvelles bornes, garantie de la capacité du réseau, maintien de la qualité de l’électricité). Cette implication passe aussi par le développement des smart grids et l’intégration du VE par le stockage d’électricité dans les réseaux de demain. L’objectif fixé par la loi de transition énergétique (article 41 de la LTECV) étant de 7 millions de points de recharge en 2030. Entre 2015 et 2018, Enedis a testé des solutions techniques et un modèle économique dans le projet BienVEnu avec le déploiement dans 10 immeubles collectifs en région parisienne de 84 bornes de recharge associé à un service d’autopartage assuré par la société Clem’ avec 20 véhicules partagés.

Pose d’une borne murale Witty de Hager. (c) Hager

EDF, de son côté, a dévoilé fin 2018 son « Plan Mobilité électrique » avec l’objectif d’être leader dès 2022 dans ce domaine sur les 4 plus grands marchés européens. EDF vise à déployer 75 000 bornes et à donner accès à 250 000 bornes en interopérabilité à ses clients en Europe, mais aussi à devenir leader du « smart charging », avec des batteries qui pourront être mises à disposition du réseau (exploitation de 4 000 bornes intelligentes dès 2020). EDF va s’appuyer pour ce développement sur sa filiale Izivia (ex-Sodetrel) et des partenariats avec des constructeurs automobiles et des équipementiers.

Engie n’est pas en reste ; après le rachat en 2017 du fabricant néerlandais de solutions de recharge EVBox, la société veut se positionner dans ce secteur de la mobilité électrique et dispose avec EVBox de 75 000 points de recharge dont 700 chargeurs rapides dans 55 pays.


Les aides du programme Advenir

Le programme Advenir, créé en 2016 et prolongé au 31/12/2020, apporte une aide au financement des infrastructures de recharge dans les immeubles collectifs et les entreprises par les certificats d’économies d’énergie (CEE). Ce programme piloté par AVERE-France et ecoCO2 a un budget de 19,15 millions d’euros et prévoit l’aide à l’installation de 13 700 nouveaux points de charge à fin 2020 (6 500 points financés à fin avril 2019).

Procédure pour bénéficiere du programme ADVENIR. (c)Advenir

La prime Advenir va couvrir 40 % (en entreprise) ou 50 % (résidentiel collectif) du coût de fourniture et installation des bornes, avec un plafond de 600 à 1 860 € suivant le type de bénéficiaire et l’utilisation ou non d’un système de pilotage énergétique de la recharge (signaux tarifaires ou lissage de la puissance électrique globale lors de recharges simultanées).


La nouvelle loi LOM devrait lever des freins
La loi d’orientation sur les mobilités (loi LOM) qui vient d’être approuvée par le Sénat contient plusieurs mesures pour favoriser le déploiement des véhicules propres. Car de nombreux freins existent, en particulier dans les copropriétés avec des délais d’accord trop longs (9 à 12 mois). L’article 24 étendant le droit à la prise devrait aussi faciliter son exercice pour réduire les délais d’installation et l’article 23 devrait réduire fortement les coûts de raccordement des bornes au réseau d’électricité en relevant le plafond de prise en charge de ces coûts par le Turpe de 40 à 75 %.

Autre point qui devrait évoluer : la recharge sur le lieu de travail considérée comme un avantage en nature lorsque son coût est pris en charge par l’entreprise. C’est en tout cas l’un des éléments de la feuille de route du gouvernement concernant l’automobile présentée le 13 février dernier par Emmanuel Macron. Une feuille de route qui accorde une place prépondérante à l’électromobilité avec, par exemple, des avantages à l’usage et des aides pérennisées.

Jean-Paul Beaudet

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