Louis Bousquet (EDEN Promotion) : “la RE2020 s’inscrit dans le cadre d’une évolution du bâtiment que nous appelons de nos voeux”

Le salon de l’immobilier d’entreprise s’est tenu du 11 au 13 décembre dernier à Paris. La transition énergétique du bâtiment était au coeur de l’événement. A cette occasion, EDEN promotion, spécialiste de l’éco-conception, participait à une table-ronde sur les solutions énergétiques innovantes pour des bâtiments bas-carbone. Lesquelles privilégier ? Entretien avec Louis Bousquet, directeur d’agence chez EDEN Promotion.

Sur le même sujet

Eden promotion se positionne comme un précurseur de l’évolution de la filière du bâtiment. Comment cela se traduit-il ?

Cela se traduit avant tout par les valeurs portées par EDEN Promotion, qui est une entreprise récente. Elle a été créée en 2008 durant le Grenelle de l’environnement par Edgar Valéro, écologiste avant l’heure. Pendant les 6/7 premières années, nous nous sommes consacrés à la réalisation de bâtiments performants, partant du principe que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme. Nos bâtiments étaient donc les plus isolés possible pour avoir le moins de consommations énergétiques.
Et puis peu à peu, on s’est rendu compte que le véritable ennemi n’était pas l’énergie, mais sa conséquence, à savoir le CO2. Nous avons donc commencé à quantifier les rejets CO2 de nos bâtiments via notre bureau d’études, dans le cadre d’une démarche E+C-. Depuis trois ans, nous avons obtenu les premiers bâtiments labellisés E+C- avec trois références certifiées E3C2.

Prendre en compte les émissions carbone des bâtiments est tout l’enjeu de la RE 2020…

Effectivement, notre particularité est de veiller à ce que notre business modèle soit toujours en avance sur la réglementation en cours. La RE2020 s’inscrit dans le cadre d’une évolution du bâtiment que nous appelons de nos voeux. En tant qu’opérateur, nous sommes dans un marché concurrentiel et tout ce qui peut être différenciant est positif pour nous.
Dans la filière du bâtiment, le maître d’ouvrage est celui qui a le pouvoir de changer les choses. En tant que constructeur, il est de notre responsabilité de veiller à la planète, à ce que nous laisserons à nos enfants, et donc il est indispensable de rejeter moins de CO2. En 2050, nous devrons avoir atteint la neutralité carbone, et pour y arriver, il ne faudra pas attendre le dernier moment. Comme dans n’importe quelle entreprise, l’anticipation fait la différence. Il ne faut pas sous-estimer la formidable plasticité du monde du bâtiment de façon générale. Il y a 10 ans quand on parlait du BBC et des tests d’infiltrométrie, tout le monde disait que ce n’était pas possible. Maintenant on ne s’en rend même plus compte. Il en sera de même lorsqu’on commencera à quantifier les rejets de CO2 des matériaux. Au début, ce sera difficile et dans trois ans,on n’en parlera plus.

Quels matériaux privilégier dans la construction neuve pour opérer ce virage vers le bas carbone ?

L’enjeu est d’opter pour le bon matériau, au bon endroit. Dans l’absolu, et c’est une véritable tarte à la crème, on pourrait dire que les matériaux biosourcés doivent être privilégiés, mais le béton est quand même utile, et il en faut. Il est vrai qu’il produit du CO2 en grande quantité, mais la recherche se développe pour donner naissance à des bétons bas carbone à base de matériaux recyclés ; ou à des bétons d’argile qui contiennent très peu de ciment.

Je dirais que tous les matériaux peuvent être bons, car ils présentent chacun des caractéristiques techniques intéressantes, il ne faut pas privilégier un matériau plus que l’autre. On pourrait se dire que privilégier le bois pourrait être une bonne solution, mais si le bois vient du Canada, alors c’est contre-productif. On doit se demander ce que le matériau apporte au bâti et prendre en compte la proximité par rapport aux sites. La construction des bâtiments s’inscrit dans le cadre d’un environnement, il faut donc tendre vers la meilleure adéquation entre les ressources locales et les besoins.

Et en matière de sources énergétiques ?

La production électrique en France est fortement décarbonée du fait des centrales nucléaires, donc l’électricité décarbonée est une énergie à privilégier. Cela dépend quand même de la typologie des bâtiments. On regarde avec beaucoup d’intérêt les poêles bois et granulés, qui peuvent être intéressants pour le chauffage ou, dans le cas de bâtiments très performants, les chaudières collectives bois en appoint d’une centrale solaire. Le solaire thermique est quelque chose qu’on ne fait plus, car nous avons de gros soucis de maintenance pour ce type d’énergie là.

Quelles sont vos réalisations bas carbone emblématiques ?

Nous venons de réaliser il y a 6 mois le domaine de la Tour carré à La Rochelle. Il s’agit de notre premier bâtiment E3C2 labellisé par Promotelec.
Nous avons aussi un autre bâtiment de logement social également E3C2 qui sera livré dans un mois pour l’association Habitat Humanisme. Une résidence intergénérationnelle relativement compacte de 27 logements, toujours avec le même système. À savoir, des ballons thermodynamiques individuels et des petits chauffages électriques, des murs en ossature bois en ouate de cellulose contre-doublé à l’intérieur, avec des matériaux entièrement biosourcés.
Enfin, notre siège est en cours de construction à La Rochelle. Il s’agira également d’un bâtiment E3C2 avec de grandes toitures photovoltaïques et une boucle géothermique pour faire du rafraîchissement pour les bureaux. Ces réalisations sont toutes à énergie positive : notre production depuis deux ans est conforme à l’esprit RE2020.

Comment parvenez-vous à garder des coûts de production soutenables ?

Il faut se battre contre les idées pré-conçues. L’énergie qu’on paye est celle qu’on dépense. Pour maintenir des coûts de production soutenables, il faut limiter les déperditions et les consommations énergétiques. L’électricité peut sembler coûteuse quand les bâtiments sont déperditifs.
Ensuite, nous faisons le choix de simplifier les bâtiments. On enlève tout ce qui ne sert à rien, les “couches sur les couches”. Une paroi peut avoir deux fonctions.
Par ailleurs, nous essayons de réfléchir à la façon de mieux gérer les frais financiers d’un chantier. Par exemple, la toiture photovoltaïque produit de l’énergie et de la ressource, donc nous prenons en compte ce produit dans le montage financier de l’opération. Enfin, nous nous attachons à travailler au coût global. Les coûts sont parfois déportés : on vend peut-être plus cher, mais l’occupant n’aura pas deux abonnements au gaz et à l’électricité à payer ensuite. Il pourra ainsi faire des économies.

Comment maintenir un confort pour les habitants l’hiver comme l’été?

Pour que le bâtiment soit prêt pour l’hiver on lui cumule plusieurs couches. Les isolants qui protègent du froid protègent également du chaud. Nous travaillons aussi sur l’architecture, avec la mise en place de casquette au sud et de logement traversants au maximum, avec des fenêtres battantes pour favoriser la ventilation naturelle et pour garder le frais à l’intérieur.
Il est aussi important d’éduquer les habitants à adopter des réflexes au quotidien. Comme par exemple fermer les volets le jour et ouvrir les fenêtres la nuit pour évacuer la chaleur durant l’été. L’occupant doit aussi être acteur de son confort.

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.