Concepteur lumière : comment changer et se motiver ? par Agathe Argod

Agathe Argod, concepteur lumière ©Scène Publique
Agathe Argod, concepteur lumière ©Scène Publique

La tempête sanitaire bouleverse, à l’échelle mondiale, nos vies, révèle nos failles et abat nos certitudes. Réussira-t-elle à transformer positivement et durablement nos actes futurs ? La pandémie du Covid-19 nous presse de réfléchir et d’agir différemment.

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Le concepteur lumière doit relever de plus en plus de défis. A l’aune de cahiers des charges techniques, défendre la richesse des personnalités devient une nécessité. Cette tribune, signée d’Agathe Argod, Scène Publique, veut être un premier élan à l’urgence de changer et se motiver.

Éclairer l’espace public, un métier de conception 

Valoriser la diversité, distinguer les approches, promouvoir les souffles, interroger les esprits, ouvrir les cadres de la commande publique, etc., tels sont aujourd’hui les défis à relever par les concepteurs lumière afin de sortir du carcan de l’ingénierie, du BIM, des normes et principes de précaution associés.
L’éclairage des espaces publics, champ d’expression unique, requiert des compétences spécifiques. En co-traitance avec des architectes, des paysagistes, des urbanismes, au même titre qu’un bureau d’études, le concepteur lumière sollicité coche la case d’un cahier des charges réglementaire et sécuritaire. Notre bagage professionnel à spectres multiples se déploie alors sans autres attentes dédiées. Attentes qui devraient pourtant être essentielles en matière d’ambiance, de développement durable, de lien social, de création artistique… L’œuvre de conception doit être davantage interrogée et encore mieux valorisée.

Voyage au long cours

Les réponses apportées en équipe autour d’un mandataire se jouent par affinités… affinité de personnes, affinité de langages, affinité d’horizons qui se construisent dans l’effervescence du lien, de l’attirance, de la vision et des objectifs partagés. De ces accords relève la rapidité d’échanges et de compréhension. La résonance de nos liens justifie un cap commun, la volonté de participer à une aventure ambitieuse.

Équilibrer le rapport de force

Budget, réglementation et temps d’exécution sont, trop souvent, les trois piliers d’une maîtrise d’ouvrage arc-boutée sur cet équilibre souvent imparfait. A son corps défendant, le concepteur lumière apparaît comme la source des « plus » : plus d’inquiétudes, plus de complications, plus honoraires, plus de maintenance future et obscure. Bref, préjugés, hypothèses et frilosité fleurissent le compteur des certitudes infondées et trop bien ancrées.
L’équilibre d’un dialogue à initier, à entretenir et préserver, entre tous les acteurs, revêt une véritable importance. Générer des conversations libres, proposer un suivi – avec les services techniques post réception de chantier – analyser collectivement l’avant et l’après, telles pourraient être les pistes salvatrices de notre avenir commun. Ceci, afin de ne pas appréhender uniquement la fonctionnalité « pure et dure » et repartir de zéro la fois suivante. Ceci, afin d’évoluer ensemble et de constituer un socle indéfectible à mutualiser et faire fructifier.

Savourons la nuit

Revendiquons le dialogue, les échanges et la curiosité afin de rendre chaque projet différent même au stade de la prise de décisions. Parlons ambiance, défendons nos positions, priorisons et assumons nos choix… tout en rassurant les divers intervenants.
L’espace public tend au partage avec nos contemporains, au rassemblement de la (des) communauté(s). Allons à l’essentiel – la simplicité d’usage et de maintenance – grâce à un métier de conception à la fois riche en maîtrise des savoirs et complexe face aux attentes qu’il suscite.
Modeste ou audacieuse, la contribution du concepteur lumière demeure au service du projet, de son attrait et de sa personnalisation.
Est-ce utopique d’inciter à l’hédonisme en pratiquant, en vision nocturne, une culture commune ? En nourrissant et commentant ce que nous voyons et ressentons au gré de découvertes et réalisations variées ?
La nuit conduit à une remise en perspective naturelle des comportements, des sentiments, des confrontations. Elle s’inscrit comme un temps précieux supplémentaire, une liberté sans frontières établies, une prime à croquer dans la vie, une saveur différente mise à nu grâce à la curiosité des âmes. Savourons-la en séances de programmation complices et solidaires.

Levons les barrières comportementales, techniques,
réglementaires en nous interrogeant
Quelles sont les motivations des donneurs d’ordres ?
Pourquoi tel concepteur lumière est-il consulté ?
Comment nous, concepteurs lumière, devons-nous manifester notre expertise ?
Comment faciliter les usages sans se focaliser uniquement sur la fonctionnalité ?
Quelles solutions apportons-nous afin de contribuer à un éclairage réellement durable ?
Quelles sont nos capacités à revendiquer nos singularités ?

Tant de questions qui portent à réflexion afin de progresser ensemble pour notre bien commun.

Agathe Argod, Scène publique : http://www.scenepublique.fr/

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