Formation : faire monter la filière en compétences sur la gestion énergétique des bâtiments

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Formation terrain. © Hager

Le plan de rénovation énergétique des bâtiments, mais aussi le décret tertiaire ou le décret BACS impliquent une modification profonde de la filière et des compétences nécessaires pour mener à bien la transition énergétique. Ces mesures nécessitent des ressources humaines considérables, qui doivent être correctement formées à ces métiers. L’objectif est de créer un socle de compétences commun à ces nouveaux métiers et d’éviter toute contre-référence.

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Tanya Clementz, responsable du pôle Conception formation de Hager au sein d’explore, l’organisme de formation du groupe Hager. © Hager

Les différentes mesures prises par les pouvoirs publics ces dernières années en faveur de la performance énergétique des bâtiments, parmi lesquelles le décret tertiaire, le décret BACS (Building automation and control systems) et, plus récemment, le plan de rénovation énergétique, nécessitent une montée en compétences des professionnels de la filière sur ces sujets. L’objectif est également de comprendre le marché et d’adresser les nouveaux métiers, comme nous l’explique Tanya Clementz, responsable du pôle Conception formation de Hager au sein d’explore, l’organisme de formation du groupe Hager : « Nous distinguons des enjeux à court terme, à moyen terme et à long terme. L’objectif est de définir une stratégie pour adresser les métiers émergents. Nous nous appuyons pour cela sur l’ensemble de notre force commerciale pour découvrir et comprendre les nouveaux métiers. »

Créer un socle commun et donner du sens
La formation permet, en plus de faire monter les professionnels en compétences, de donner des référentiels communs, mais aussi d’expliquer et de diffuser les enjeux de performance énergétique aux usagers des bâtiments, comme l’explique François Meyer, responsable technique et formation chez KNX : « La formation est un facteur clé pour une installation communicante et performante. Elle concerne l’ensemble de la filière. En plus d’être performants dans la mise en œuvre, il faut que les installateurs et intégrateurs puissent expliquer et sensibiliser les utilisateurs à la performance énergétique des installations. »

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Valise de formation KNX. © KNX

En effet, avec le développement des installations connectées, la question de l’information et de la sensibilisation des usagers finaux est centrale, comme l’explique Tanya Clementz : « Nous devons travailler sur le savoir, le savoir-faire, mais aussi le savoir-être des professionnels en formation. La question du savoir-être devient aujourd’hui essentielle. En plus de développer des installations performantes, les intégrateurs doivent être capables de les expliquer à leurs clients pour les sensibiliser aux enjeux de performance énergétique. Ce n’est pas tout de faire un Smart Building, il faut donner du sens et expliquer son fonctionnement et ses bénéfices. »

Une demande en hausse
Avec la montée en puissance des sujets liés à la digitalisation des installations et à la performance énergétique, la demande est progressivement au rendez-vous, Tanya Clementz le confirme : « Nous sentons une augmentation de la demande sur ces sujets depuis un an, notamment du côté des intégrateurs, avec de vraies possibilités de reconversion à la clé dans le Smart Home et le Smart Building. Même les grosses entreprises d’intégration veulent se former. »

Les offres fleurissent
« Chez Hager explore, nous proposons dix blocs de compétences, dont un dédié à la performance énergétique, référencée dans notre catalogue de formations depuis maintenant 2 ans. Ce bloc de compétence intègre des notions réglementaires, autour de la norme IEC 60363, des composantes liées au comptage et à la supervision multiénergie, dans le cadre du Smart Building. », poursuit Tanya Clementz.

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François Meyer, Responsable Formation & Technique KNX France. © KNX

Chez KNX, les formations les plus plébiscitées sont KNX Basic, la formation de base proposée par KNX pour comprendre comment les produits communiquent, et KNX Advanced, qui donne accès aux spécificités métiers liées à la gestion énergétique des bâtiments, notamment l’éclairage, le chauffage, les ouvrants, le comptage, mais aussi la sécurité des personnes, des biens et des données. « La certification KNX Basic peut être obligatoire dans certains CCTP (cahiers des clauses techniques particulières). Il s’agit d’une formation de 35 heures comprenant un examen, avec une partie théorique et une partie pratique. Pour la deuxième formation, KNX Advanced, les stagiaires qui valident les compétences sont capables de suivre ou de maintenir une installation mise en œuvre par un tiers », précise François Meyer.

Des offres de formation adaptées
Les offres de formations suivent également l’évolution du contexte normatif : « Nous communiquons beaucoup autour du décret tertiaire et nous formons nos forces de vente à ces sujets. Le Hager Forum d’Obernai constitue un superbe terrain de jeu pour les formations clients, mais aussi pour les formations en interne. Notre équipe compte 13 formateurs en France, dont 4 formés aux sujets liés au décret tertiaire et à l’évolution des réglementations énergétiques. Qu’il s’agisse des produits ou des formations, nous sommes totalement préparés à ces sujets, notamment avec la sortie de Stream, un superviseur qui permet de suivre plusieurs contrôleurs agardio manager pour faire de la gestion multisite », explique Tanya Clementz.

De son côté, KNX suit les évolutions normatives européennes, mais aussi l’évolution des protocoles, comme nous l’explique François Meyer : « Nous effectuons une veille permanente sur les solutions de performance énergétique transverses qui se retrouvent dans les textes. Les principaux textes, aujourd’hui, sont le décret BACS, et les normes NF EN 15 232 et NF EN 50 491. D’autre part, KNX suit l’évolution des protocoles et des logiciels et va proposer une approche par blocs fonctionnels. Par exemple, pour les IRVE, leur couplage à un logiciel de pilotage énergétique pour la gestion du bâtiment est bénéfique. Il est possible d’ajouter la brique solaire en complément, le tout dans une vision Smart Home et Smart City. Le protocole KNX accueille d’ores et déjà la structure de langage des IoT (Internet des objets), dans le résidentiel comme dans le tertiaire. »

Adapter la formation aux besoins des différentes cibles
Pour faire avancer les sujets liés à la performance énergétique et à la digitalisation des installations, les électriciens ne sont pas le seul public à devoir être formé, comme l’explique Tanya Clementz : « Il est essentiel d’adapter le besoin de formation aux cibles, qu’il s’agisse des bureaux d’études, intégrateurs, tableautiers, ou des nouvelles cibles comme les exploitants par exemple, avec les métiers liés au Facility management. Ils doivent être formés à accompagner et à sensibiliser les usagers des bâtiments pour agir sur le levier comportemental. »

Les méthodes s’adaptent au contexte sanitaire
Comme tous les acteurs, KNX a su s’adapter aux contraintes, comme nous l’explique François Meyer : « Les centres de formation déclarés et agréés ont la possibilité de préparer des stagiaires selon leurs disponibilités et à distance. En revanche, le passage de la certification se fait toujours en présentiel afin de garantir les acquis et le niveau requis. »

Hager met à disposition de ses clients des solutions de e-Learning. © Hager

Les formations en distanciel ont leurs atouts, mais elles ont aussi leurs limites, notamment pour la manipulation des équipements, comme nous l’explique Tanya Clementz : « Grâce à notre plateforme LMS (Learning management system), nous étions préparés aux formations à distance dès le mois d’avril 2020. Pour les formations qui nécessitent de la manipulation de produits, nous avons divisé les effectifs et nous proposons des modules de formation à seulement quatre stagiaires, parfois. La formation des forces de vente se fait à distance. Nous pouvons également proposer des formations en direct, en équipant les formateurs de petites caméras. »

Accompagner les clients
En plus de la formation à proprement parler, il est important de proposer des éléments complémentaires aux stagiaires, comme l’explique Tanya Clementz : « Le déploiement de l’offre de formation à distance se fait sur la base de tutoriels pour la mise en œuvre des équipements, mis à disposition de nos clients gratuitement. Il est essentiel d’accompagner nos clients en juste-à- temps avec des contenus adaptés : avant, pendant et après la formation. Au moment de la formation, j’estime qu’ils ne retiennent que 25 % de ce qui leur a été transmis. »

Les nouvelles méthodes de formation
Hager explore a souhaité innover en développant des formats et des outils nouveaux : « Nous avons testé des formations en réalité virtuelle, mais le coût des lunettes est un véritable frein. Une de nos formations est en réalité augmentée, l’usage de cette modalité est purement pédagogique : avec un smartphone ou une tablette, le stagiaire scanne un TGBT en poster et grâce à la technologie virtuelle se superpose le câblage des compteurs ; il doit alors déceler les erreurs de câblage, par exemple. Chez Hager, nous sommes partisans de la pédagogie active, et nous proposons également des exercices, des travaux pratiques et des simulations sur smartphone. »

Les outils de formation évoluent avec des modules en réalité augmentée. © Hager

La demande de formations IRVE toujours en hausse

Hager dispense des formations en présentiel sur les IRVE. © Hager

Si les offres se développent pour faire accélérer la transition énergétique des bâtiments et commencent à rencontrer la demande, les entreprises se focalisent sur les sujets porteurs, générateurs de business immédiat : « Les entreprises peuvent effectuer un nombre limité de formations, et l’IRVE est aujourd’hui incontournable et génère beaucoup de business. Nous constatons une véritable explosion de la demande », explique François Meyer. Ce que confirme Tanya Clementz : « Nous proposons deux formations éligibles à la mention IRVE : P1 sur une journée consacrée aux IRVE standards et P2 sur deux jours qui abordent le sujet des bornes communicantes. Nous proposerons une troisième formation, liée à la maintenance des bornes, dès la parution de la mention IRVE maintenance. Les IRVE représentent 80 % des formations que nous dispensons actuellement. »

Le sujet de la formation, pris au sérieux par les pouvoirs publics

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Les centres de formation membres de l’association KNX France. © KNX

Pour faire accélérer les sujets liés à la digitalisation et à la transition énergétique des bâtiments, les référentiels ont été mis à jour pour répondre à la réalité et aux demandes du marché, comme l’explique François Meyer : « Aujourd’hui, l’étude des systèmes de bus communicants de terrain est effectuée dès le bac pro. L’enseignement prend la mesure des compétences nécessaires. » KNX France a déposé auprès de l’institution France compétences une demande de validation et de prise en charge par le CPF de la formation KNX Basic.

Pour rendre possible la transition énergétique des bâtiments et faire décoller les solutions de digitalisation et de gestion énergétique, il est essentiel de s’appuyer sur un socle de formation commun afin de garantir la confiance des professionnels et éviter les contre-références, notamment pour les projets dits « Smart ». Les acteurs de la formation s’adaptent aux nouveaux métiers et à leurs contraintes. Aujourd’hui, les formations fleurissent et il revient aux entreprises et aux pouvoirs publics de définir les priorités et d’y allouer les ressources nécessaires pour atteindre les objectifs.


La qualification, levier de confiance pour les professionnels et la filière

Alexandra Del Medico, déléguée générale, Qualifelec
Thierry Grosdidier, directeur technique, Qualifelec

Quelles qualifications pour la gestion énergétique ?
Deux sujets sont à prendre en compte : celui de la gestion technique, avec les aspects liés aux courants faibles et celui du PoE, qui fait passer les installations de basse tension à très basse tension. L’objectif est de maîtriser la performance des bâtiments, via la maintenance et la pérennisation de la performance dans le temps. La mise en œuvre de ces systèmes nécessite la formation des équipes, valorisée par une qualification de l’entreprise.

Quels sont les avantages de la qualification ?
La qualification est une démarche volontaire qui vise à s’assurer de la maîtrise d’exigences techniques. La phase de qualification concerne l’entreprise et vient souvent après une phase de formation ou après le recrutement de nouvelles compétences. Il s’agit d’un levier de confiance pour les maîtres d’ouvrages pour garantir la maintenance des installations. Nous proposons un ensemble de qualifications qui reconnaît l’expérience professionnelle et la formation qualifiante. Nous n’imposons pas de formations, mais recherchons des moyens de démontrer et garantir les compétences. Qualifelec crée ses référentiels de qualifications en concertation avec les syndicats professionnels et les organismes de formation.

Comment adapter les référentiels de qualification ?
Les référentiels de qualification existent déjà, avec des qualifications dans les courants faibles pour le petit tertiaire et l’industrie. Notre objectif est de développer les exigences autour de la gestion technique des bâtiments, la sécurité et la sûreté ou le pilotage des usages.

L’un des enjeux se situe au niveau du métier d’intégrateur, avec un accompagnement des électriciens qui passent des courants forts vers les courants faibles. La dichotomie entre les métiers des courants forts et des courants faibles est encore très présente dans le tertiaire, notamment.

Quels sont les leviers pour faire décoller les sujets liés à la gestion du bâtiment ?
Nous souhaitons nous appuyer sur la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre et les encourager à créer des cahiers des charges les plus précis possibles. Il faut travailler sur les lots, car le pilotage est à la croisée des intégrateurs et des métiers de la CVC. Il est essentiel de valoriser et de chercher les compétences spécifiques à la GTB. L’intégration dans les projets des énergies renouvelables et des équipements électriques hors EnR, notamment le solaire PV, les chauffe-eau thermodynamiques, la ventilation ou les IRVE doit permettre d’améliorer le fonctionnement des bâtiments et le confort des usagers dans le temps.

Alexandre Arène

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