Xavier Rosa, CSEEE : « Nous avons fait un énorme travail sur la transformation digitale »

Xavier Rosa
Xavier Rosa, président de la CSEEE. © JLB PHOTO

La Chambre syndicale des entreprises d’équipement électrique de Paris et sa région, la CSEEE (prononcez : CS3E), fête ses 140 ans. Son nouveau président Xavier Rosa, élu début 2020 juste avant la crise sanitaire, évoque pour nous les multiples missions de la Chambre, ses ambitions et ses projets.

Quel a été votre parcours avant de rejoindre la Chambre syndicale parisienne ?
Xavier Rosa – Je suis issu d’une filière purement électrotechnique. J’ai rejoint en 2001 l’entreprise familiale IDI ELEC, dont j’ai pris la direction en 2007. J’ai transformé cette structure vers l’éclairage public, ce qui a permis de la céder au Groupe Derichebourg. J’ai participé au développement de cette filiale Derichebourg jusqu’en 2019, puis j’ai fait le choix de repartir vers une PME. Les dirigeants de PME et d’ETI ont recours à mes prestations pour les aider à transformer leur entreprise, à la développer grâce aux dernières innovations. Les dirigeants n’ont pas forcément le temps de repositionner leur organisation. Je viens les aider sur une période d’un an ou deux pour se redévelopper sur de nouveaux métiers, liés à l’électricité bien sûr.

Vous faites du consulting ?
X. R. –
Je ne fais pas que du conseil, je suis plutôt manager de transition. Avec un poste de directeur général, je suis vraiment au contact des équipes pour aider le dirigeant à mettre en place sa stratégie. C’est un binôme avec le dirigeant de l’entreprise, pendant une durée donnée.

Comment vous êtes-vous rapproché de la CSEEE ?
X. R. –
En 2007, je n’avais pas encore 40 ans, je me suis rapproché des institutions, de la Chambre des métiers d’abord, puis de la Chambre syndicale, donc la CSEEE. Et j’ai voulu m’imprégner un peu plus en rejoignant le conseil d’administration. Puis j’ai rejoint Bernard Colombat à sa présidence, en tant que vice-président. Je n’avais pas spécialement prévu de prendre la présidence, on me l’a proposée, c’est une très belle expérience ! J’ai été élu juste avant le confinement, fin janvier 2020. Bernard Colombat, lui, était accaparé par un gros projet, l’Eco Campus (l’Eco Campus du bâtiment Grand Paris est un centre d’enseignement par alternance consacré aux métiers du bâtiment et de la transition énergétique, ndlr), que l’on aura l’occasion d’inaugurer l’année prochaine. Moi, j’ai pu me positionner un peu plus sur la CSEEE.

Comment s’est passée cette première année à la tête de la CSEEE ?
X. R. –
J’ai ressenti un gros challenge et une grosse attente. Et l’obligation de s’activer très rapidement, car avec le confinement, il fallait trouver des solutions pour ne pas perdre le rôle d’une Chambre, qui est d’accompagner les entrepreneurs. Et surtout, aussi, de maîtriser les adhésions pour maintenir les services aux entrepreneurs. Avec l’équipe de permanents, on a souhaité tout de suite mettre en application des visios. On s’est rapidement réorganisé en télétravail. Toute l’équipe a été ultraperformante pour répondre quotidiennement et de façon soutenue à nos adhérents.

Vous parlez d’accompagnement, quelles sont les principales demandes des adhérents ?
X. R. –
D’abord, la partie sociale. C’est l’un des premiers atouts de la CSEEE, et c’est le SAV téléphonique qui marche le plus, avec les mails bien sûr. On est à un peu plus de 1 200 appels par an et de sollicitations, juste sur la partie sociale. Notre juriste chargé de mission aux affaires sociales, interlocuteur de nos adhérents, a pu répondre à toutes les inquiétudes pendant le confinement et continue d’accompagner les entreprises.
Le vrai rôle de la CSEEE, en l’occurrence, c’est d’apporter des réponses claires, précises et vraiment orientées pour l’entreprise adhérente, et pas une information générique. Pendant le confinement, il y avait énormément d’informations contradictoires, donc on essayait de faire une synthèse, un résumé quotidien, et au moins de diffuser la bonne information pour les électriciens.

L’un des premiers rôles de la Chambre est donc d’informer ?
X. R. –
Oui, on est vraiment une source d’information fiable du dirigeant, sur laquelle il peut s’appuyer pour lancer des actions dans son entreprise. Soit le dirigeant, soit son service RH, soit son assistant(e) de direction, car il y en a beaucoup qui nous sollicitent. Et pas seulement sur l’aspect social.

Dans quels autres domaines proposez-vous des interlocuteurs spécialisés ?
X. R. –
Le deuxième SAV important concerne la partie technique. Nos adhérents souhaitent avoir des informations sur le Consuel, le Qualifelec, les normes, les interprétations de C15-100… Notre chargé de mission aux affaires techniques répond très régulièrement à toutes les questions qu’un adhérent peut se poser. Nous aidons aussi à monter et renouveler des dossiers Qualifelec, c’est l’un des sujets difficiles pour un électricien. Et là, notre responsable permanent est en mesure de l’accompagner pour présenter au mieux son dossier et le valoriser. Il fait partie des certificateurs de Qualifelec. Sur la partie technique, un petit « plus » : notre interlocuteur est en veille permanente sur les nouveautés et les innovations des fabricants, il alimente un flash info adressé aux adhérents et organise des ateliers et des présentations.

À qui s’adresse votre flash info ?
X. R. –
Il s’agit d’une communication généraliste, qui reprend toutes les informations sociales, techniques, organisationnelles, les manifestations… Ce flash info alimente différents interlocuteurs chez nos adhérents, qui sont également informés des dernières innovations sur leur métier, ou des nouveaux positionnements de marché. Cela permet aussi de créer des événements tels que les Jeudis de l’IRVE, par exemple, qui étaient une véritable attente du marché. La visio a permis de concevoir ces petits rendez-vous, certains durent à peine trois quarts d’heure. C’est du concret, avec une information claire pour s’informer sans se déplacer. Il y a un petit temps d’échange, ça reste convivial, mais on veut surtout que nos adhérents soient informés sans perdre de temps.

Cette année, la CSEEE fête ses 140 ans. C’est l’une des plus anciennes chambres syndicales de France, non ?
X. R. –
C’est la Chambre la plus ancienne de France… sur le métier de l’électricité ! Avant nous, il y a quand même eu des plombiers, des couvreurs et de la maçonnerie. Mais sur l’électricité, oui, nous sommes de loin les plus anciens. Les Parisiens se sont rassemblés les premiers, en 1881, et ont souhaité « organiser » l’électricité. C’était vraiment l’émergence irrésistible de l’électricité face à la vapeur et au gaz. Nous sommes aussi à l’origine de la FFIE (Fédération française des intégrateurs électriciens), qui a été créée en 1924.
Cette année, pour nos 140 ans, nous voulons surtout communiquer sur les hommes, pour montrer que des hommes se sont emparés de cette technologie pour créer de l’innovation. Dès les années 1880, on commençait à électrifier la France, ce fut une nouvelle étape pour la Ville Lumière… Chaque fois, il y a eu des évolutions grâce à l’électricité et aux hommes qui l’ont maîtrisée. On le voit encore aujourd’hui.

Et vous avez souhaité fêter du même coup les 50 ans du CFA Delépine, qui est dédié aux métiers de l’électricité…
X. R. –
Effectivement, c’était important de célébrer cette initiative prise en 1971 par les dirigeants de la CSEEE qui ont constaté que les filières standards ne formaient pas forcément le bon personnel. Ils ont monté un CFA professionnel pour répondre à des formations spécifiques et aux réelles demandes du terrain. Aujourd’hui, c’est encore un vrai travail de la CSEEE : s’adapter avec le CFA pour alimenter nos entreprises avec des jeunes correctement formés. Et avec de vraies valeurs.

Pourquoi l’Eco Campus, annoncé pour 2022, s’ouvre-t-il à d’autres métiers que l’électricité ?
X. R. –
C’est une nouvelle évolution. On se dit qu’un électricien tout seul dans un bâtiment, ça ne fait pas tout. Il fait partie d’un ensemble, le chantier, et dans un chantier il y a tous les corps d’état. Aujourd’hui, on a réussi à se rassembler dans l’Eco Campus avec les plombiers-couvreurs, les climaticiens, les peintres et tous ceux qui font œuvre d’embellissement (sol, mur, plafond…). Demain, on espère que l’Eco Campus pourra encore évoluer et faire venir le pôle construction et la structure bois. On aura alors la capacité de faire un mini chantier. C’est ainsi qu’on le voit dans quelques années : avec un chantier type, un peu à la mode des cathédrales, avec de petits îlots de chaque métier autour d’un chantier central. Les élèves pourraient venir y travailler conjointement, dans une immersion totale, comme dans un vrai chantier. C’est notre but.

Le métier d’électricien a beaucoup changé et se numérise. Comment la CSEEE accompagne-t-elle cette évolution ?
X. R. –
Aujourd’hui, nous sommes très liés à la FFIE, dont nous sommes la branche parisienne, et nous suivons totalement l’idée de la digitalisation comme la FFIE l’a intégrée. Nous-mêmes retravaillons notre identité graphique (elle n’avait pas bougé depuis 14 ans…) pour bien montrer que nous sommes dans le digital, et nous communiquerons prochainement sur le sujet. Nous avons fait un énorme travail sur la transformation digitale. Un rapport a par exemple été réalisé par un groupe d’adhérents de différents métiers (logement, tertiaire, promotion, intégration de système…), afin de décrypter les différents impacts de la digitalisation dans nos métiers. Des ateliers permettent d’alimenter nos adhérents. C’est du concret, il y a un vrai travail.
En parallèle, en mars 2021, on a fait la même chose côté apprentissage, en missionnant deux adhérents pour interviewer 12 interlocuteurs de l’environnement et des installateurs pour adapter, là encore, l’information des jeunes vis-à-vis de la digitalisation du métier.

Travaillez-vous sur des partenariats avec les fabricants ?
X. R. –
C’est une autre facette que nous avons réussi à développer cette année. Les partenaires sont extrêmement importants, notamment pour montrer les nouveaux matériels et services qu’ils produisent. On va pratiquement atteindre la trentaine de partenaires cette année, contre une vingtaine un an plus tôt. Cela montre un dynamisme certain de la Chambre. Des sociétés comme Lutron, Signify, Nollet, Danfoss, Prolum et ATSI ont rejoint nos partenaires historiques depuis quelques mois. L’an passé, Legrand a fait don au CFA de beaucoup de matériel Netatmo pour alimenter des ateliers pour nos jeunes élèves. C’est là où ce type de partenariat est intéressant : les partenaires travaillent aussi bien dans l’amélioration de l’information de nos adhérents que dans la formation de nos apprentis sur le CFA. Le cercle est vertueux.
Un mot sur la partie énergétique, la RE2020 va bien finir par arriver…

Quel est votre apport pour une énergie décarbonée et une meilleure efficacité énergétique des logements ?
X. R. –
Le point essentiel sur lequel nous avons appuyé concerne le travail sur les dossiers CEE (certificats d’économie d’énergie) avec EDF. En termes de projets de rénovation énergétique et de production d’énergie verte, l’électricien a malheureusement un rôle encore très peu reconnu.
Là où l’électricien aura son rôle à jouer, je pense, c’est sur le monitoring. Si l’installateur arrive à mettre en place la domotique et tous les capteurs… C’est là où il a vraiment sa valeur ajoutée, en liaison bien sûr avec son binôme intégrateur, qu’il soit en interne ou en externe. On peut, par exemple, aller plus loin dans la Silver Economy. Tous ces objets connectés et commandes vocales peuvent permettre un peu plus facilement le maintien à domicile. C’est sans doute là, plus que sur l’aspect économique (même si le monitoring permettra de se rendre compte qu’on fait des économies), que l’on pourra être productif.

Y a-t-il d’autres sujets qui vous tiennent à cœur en tant que président de la Chambre ?
X. R. –
Oui, je voulais dire un mot sur la sécurité, un point très important pour moi. Chaque installateur doit revenir chez lui en bonne santé ! C’est mon passage d’une PME à un groupe qui m’a permis de m’en rendre compte : la PME n’a souvent pas beaucoup de temps à consacrer à ces sujets. Une des actions que je voulais donc mettre en place, c’est un quart d’heure sécurité. Pour dire aux adhérents : vous avez tous les mois, en un clic, un sujet consacré à la sécurité avec des supports, un texte, un QCM, des outils pour communiquer avec le personnel de votre entreprise. Grâce à un bon partenariat avec l’OPPBTP, nous avons réussi à monter ce quart d’heure sécurité qui est plutôt bien suivi. On a fait des tutos YouTube, on reprend aussi des images OPPBTP. C’est une belle action à mener ensemble.

Un dernier mot ?
X. R. –
Je voudrais rendre hommage à tous ceux qui m’accompagnent, les administrateurs et notamment les membres du bureau de la CSEEE – Bernard Colombat, Julien Chomont, Gaëtan Guchet, Eric Leroux, Eric Cholley, Olivier Lhéraud, Michel Picot, Albert Bouchoucha, Arnaud Canis, Xavier Robineau Bourgneuf, Jean-Claude Albarran et Michel Bauduin. Parce qu’un président tout seul ne fait rien, et j’ai vraiment des gens à mes côtés qui sont « moteur ». Il y a un dynamisme qui se ressent aujourd’hui en termes d’adhésions, de partenariats. Tous les voyants sont au vert pour l’année des 140 ans.

Pour consulter la lettre CSEEE de l’été 2021, cliquer ici.

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