A. de Fleurieu et L. Siegfried, Gimelec : « Il est essentiel de revaloriser les métiers de l’industrie et de donner envie aux jeunes de prendre part aux transitions. »

Antoine de Fleurieu et Laurent Siegfried, Gimelec.

Dans une période marquée par les éléments conjoncturels forts que sont la guerre en Ukraine et la pandémie, les acteurs de l’industrie vont une fois de plus devoir prouver leur capacité d’adaptation. L’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie, la digitalisation et la transition des compétences sont autant d’enjeux que les industriels doivent surmonter pour conserver leur compétitivité. Antoine de Fleurieu, directeur général du Gimelec et Laurent Siegfried, délégué à l’industrie du Gimelec, reviennent sur les enjeux industriels français et mettent en avant les opportunités pour les acteurs et les atouts de la France pour créer les conditions de la réindustrialisation.

Quels sont aujourd’hui les enjeux industriels sur le territoire français ?
Antoine de Fleurieu – Il y a deux enjeux principaux que sont la compétitivité et la décarbonation. Le premier est une question ancienne, mais qui est d’actualité aujourd’hui avec la volonté des pouvoirs publics de réindustrialiser le territoire.
Laurent Siegfried – La réindustrialisation intègre des notions de modernisation des outils de production pour rendre l’industrie plus compétitive en France.

De quelle manière la crise liée au Covid-19 et la crise ukrainienne ont-elles rebattu les cartes ?
A. de F. – Si la pandémie a provisoirement relégué la décarbonation au second plan, ces crises et les changements géopolitiques actuels ont cependant révélé la fin d’une certaine mondialisation. Elles ont également souligné la complexité et donc la fragilité des chaînes d’approvisionnement. L’enjeu de la souveraineté industrielle revient donc au premier plan. En France et en Europe, nous constatons une volonté forte de reprendre la maîtrise de la chaîne industrielle. La guerre en Ukraine a rendu encore plus urgentes les questions soulevées par la pandémie, notamment celle des approvisionnements.
L. S. – Les enjeux de réindustrialisation et de décarbonation sont structurels. La guerre en Ukraine, la pandémie et l’enjeu des approvisionnements sont des éléments conjoncturels qui soulignent le besoin de souveraineté.
A. de F. – La guerre en Ukraine a créé les conditions d’une crise énergétique, notamment autour du gaz, mais qui impacte aussi l’électricité. Elle remet au premier plan les impératifs de la transition énergétique. Jusqu’à maintenant, une grande majorité des industriels ne considérait pas l’énergie comme une véritable priorité. Cette guerre, au-delà du drame qu’elle représente, remet en lumière les vraies priorités : décarbonation, électrification et réindustrialisation.

Craignez-vous une érosion du tissu industriel français pour les années à venir ?
L. S. – Nous avons bon espoir. Pour la première fois depuis plus d’une quinzaine d’années, le solde des ouvertures et fermetures de sites industriels a été positif en 2021. Sur les quinze dernières années, ce solde était systématiquement déficitaire. La France est très bien placée sur l’innovation. La filière électronumérique française est à la pointe par rapport à ses concurrents étrangers et innove constamment. L’État prend ces questions à bras le corps et accompagne la réindustrialisation à travers des dispositifs qui ont su faire leurs preuves, à l’image de France Relance et du plan France 2030. La France compte de nombreux grands groupes internationaux, dans des domaines variés, à l’image de l’industrie pharmaceutique, agroalimentaire, automobile, électrique… Nous sommes très optimistes et la tendance haussière devrait se poursuivre en 2022.
A. de F. – Les politiques publiques sont orientées favorablement. En 2021, RTE a publié son rapport sur les futurs énergétiques 2050, qui prévoit que l’industrie aura une part croissante dans le PIB français, passant de 10 à 12,5 %. Aujourd’hui, les carnets de commandes sont pleins, mais contrariés par les fortes tensions sur les approvisionnements. Une incertitude demeure sur l’impact de l’inflation et l’impact à moyen terme de la guerre.
Avec l’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie, quelles mesures ont été mises en œuvre par les pouvoirs publics pour soutenir les acteurs industriels français ?
A. de F. – Sur le sujet de l’énergie, des mesures ont été prises, notamment pour les électro-intensifs. Au sujet des matières premières, peu de temps avant l’élection présidentielle, une circulaire à destination des entreprises publiques a été publiée par Bercy. Elle prévoit que les entreprises publiques acceptent raisonnablement d’inclure des clauses de révision de prix pour que les industriels ne soient pas lésés par l’augmentation des matières premières ou des pénalités de retard en cas de pénurie. Les donneurs d’ordre publics doivent prendre en compte ce contexte particulier et faire preuve de compréhension. Par ailleurs, l’État a commandé un rapport à Philippe Varin sur les matières stratégiques pour l’industrie, afin de décider de la stratégie à adopter, y compris en matière d’intelligence économique. La transition énergétique et l’électrification sont elles-mêmes consommatrices d’énergie et de matières premières, à l’image du cuivre. Dans les 40 ou 50 années à venir, nous allons utiliser plus de cuivre que depuis le début de l’humanité. Les enjeux d’économie circulaire sont donc centraux et il est essentiel de proposer des matières secondaires compétitives pour éviter de dépendre de matières premières dont l’Europe ne dispose pas. Certains de nos adhérents testent des modèles de circularité. Par exemple, en collectant d’anciens équipements, en les testant, en les remanufacturant et en les remettant sur le marché avec une garantie constructeur. Ces derniers mois, certains clients ont favorisé ces solutions afin de s’affranchir des délais de livraison existant pour les mêmes équipements neufs.
L. S. – J’ajouterais que de nombreuses sociétés se créent dans le domaine.

Quels secteurs sont les plus impactés par les pénuries ?
L. S. – Tous les secteurs sont impactés, quelle que soit leur activité. Les pénuries concernent la tôle, le cuivre, l’acier, l’aluminium, tous les plastiques, les terres rares qui servent dans l’électronique et les semiconducteurs, mais aussi le bois, le papier… Ces pénuries n’épargnent personne.
A. de F. – Par ailleurs, les composants électroniques manquent. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ces pénuries. D’abord, les moyens de production sont longs à déployer. Le redémarrage post-Covid de l’économie mondiale et la relance keynésienne ont créé une reprise très intense et une demande forte. Les difficultés d’approvisionnement sont à la fois conjoncturelles et structurelles et l’incertitude n’aide pas à améliorer la situation. Les investissements annoncés par l’Europe dans les composants électroniques pour gagner en souveraineté sont bienvenus, mais n’auront pas d’effet à court terme.
L. S. – Les trois filières les plus concernées par la crise des composants sont l’automobile, l’électronumérique, puis les machines et équipements. La consommation en BtoC a explosé et la demande de composants est colossale. Pour certains produits spécifiques, les délais peuvent aller de 40 semaines à 18 mois. La sortie de crise est prévue pour 2024. Pour les capteurs et automatismes, les délais de livraison sont passés de 2 à 3 semaines à 2 à 3 mois, ce qui est encore acceptable. Nous commençons d’ailleurs à voir émerger sur le marché des composants des offres commerciales à durée de validité très courte, comme cela se fait dans le trading ou l’énergie, par exemple.

Comment qualifieriez-vous le parc industriel français aujourd’hui ?
L. S. – Je dirais qu’il est en transition. La moyenne d’ancienneté des machines est passée de 20 à 17 ans. En numérique, nous sommes au stade de l’industrie 3.3, alors que nous étions à 2.8 il y a encore 5 ans. Globalement, le secteur industriel progresse, mais avec des écarts types très importants. Les grandes entreprises sont très à la pointe sur ces sujets. Les PME sont souvent moins avancées et ont besoin d’être accompagnées. C’est tout le sens de notre action, hier avec la création de l’Alliance industrie du futur et aujourd’hui avec notre investissement significatif au sein du comité stratégique de filière « Solutions Industrie du Futur », présidée par Frédéric Sanchez.

Quels seraient les principaux axes de développement pour gagner en compétitivité vis-à-vis des pays de l’est de l’Europe ou d’Asie ?
L. S. – Il faut segmenter l’industrie en deux : le monde des utilisateurs finaux et les constructeurs de machines. Les utilisateurs finaux sont de petites et moyennes entreprises, qui s’appuient sur l’Edge Computing pour ajouter de la digitalisation et de la mesure dans les usines existantes. Ces acteurs bénéficient d’offres clés en main, avec un premier niveau d’offres de mesure, qui démarrent à 15 000 €. Pour leur part, les constructeurs de machines mettent en place des solutions basées sur le Cloud Computing, notamment pour construire des machines virtuellement. La machine est simulée, testée et mise en production sans passer par des prototypes physiques. Ce mode de production permet de gagner beaucoup de temps, ce qui est un véritable levier de compétitivité. Pour les utilisateurs finaux, les solutions d’Edge Computing sont très demandées et l’équipement des acteurs avance fortement. Pour les constructeurs de machines, le sujet démarre, la demande est encore faible.

Quels sont les atouts de la France pour l’implantation de sites industriels à vocation internationale ou européenne ?
A. de F. – En prenant l’exemple des datacenters, qui sont des usines numériques, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni avaient mieux démarré. La France rattrape son retard, grâce à ses atouts. Les infrastructures sont de bonne qualité et notre électricité est beaucoup moins carbonée que chez nos voisins. Enfin, la France est un pays d’ingénierie et nous disposons de toutes les compétences nécessaires. La décarbonation est réellement l’atout supplémentaire de la France. Nous avons cofondé l’Alliance industrie du futur, avec le jeune ministre de l’Économie de l’époque, devenu entre-temps président de la République. L’appétence du président pour les sujets industriels, qui se traduit dans les politiques publiques, est un autre atout majeur. Le Plan France 2030 est très orienté industrie, avec des aides qui connaissent un succès considérable. L’industrie est le ciment des territoires, et chaque fois qu’une industrie part, des villages meurent. Le secteur industriel est également vecteur de décarbonation, car il fournit les solutions d’un monde plus durable.
L. S. – Les métiers changent. Il y a aujourd’hui de moins en moins de personnes dans les usines et les métiers sont à plus forte valeur ajoutée. L’autre atout de la France est son climat tempéré. La transition des métiers atténue même une image parfois moins bonne concernant les relations sociales. La lourdeur administrative s’estompe et toutes les régions ont un plan de réindustrialisation. Enfin, la France est totalement équipée en fibre optique et dispose de réseaux de données très fiables, ce qui constitue un autre atout majeur.
A. de F. – Les industriels qui ont transformé leurs sites en Industrie 4.0 ont vécu la transition des compétences et la montée en gamme des métiers. Ils insistent tous sur le rôle central des femmes et des hommes dans ces transformations, qui sont aussi organisationnelles que technologiques.

Avec l’augmentation des prix de l’énergie, la performance énergétique des sites industriels devient un enjeu majeur de compétitivité. Constatez-vous un intérêt du marché pour ces solutions ?
A. de F. – Depuis longtemps, les électro-intensifs travaillent sur la réduction de leurs coûts énergétiques. Tout le reste de l’industrie, soit la majorité, est moins consommatrice et le coût de l’énergie est moins stratégique. La modernisation telle que nous la préconisons embarque la décarbonation et la chasse au gaspillage des ressources matières et énergétiques. Plutôt que des investissements purs et durs dans la performance énergétique, nous préconisons des modernisations plus globales, qui induisent une réduction des consommations de ressources.
L. S. – Malgré les hausses récentes du prix de l’énergie, les coûts restent faibles pour la plupart des acteurs.

Le marché des solutions technologiques, principalement numériques, pour l’industrie se développe à grande vitesse depuis plusieurs années. S’agit-il, selon vous, d’une vague de fond ou est-ce plus anecdotique ?
L. S. – Nous constatons un véritable mouvement. Il y a dix ans déjà, en 2012, le Gimelec prônait l’industrie du futur, notamment via la publication de livres blancs. En 2013, nous avons mis en avant le sujet de l’usine connectée dans un premier livre blanc. En 2015, nous avons expliqué les leviers de la transformation dans un deuxième livre blanc, avec une réflexion sur la révolution des données et l’intégration des données aux hardwares. En 2021, nous avons lancé le site industrie40.fr pour présenter les technologies de l’Industrie 4.0. Le site est aujourd’hui l’équivalent du Wikipédia de l’Industrie 4.0. La principale révolution vient du mode d’automatisation, qui passe d’un modèle vertical à un modèle réparti. L’industrie du futur est aujourd’hui un sujet compris et accepté, et la France dispose des technologies nécessaires pour faire passer l’industrie dans une nouvelle ère.

« La modernisation telle que nous la préconisons embarque la décarbonation et la chasse au gaspillage des ressources matières et énergétiques. »
Antoine de Fleurieu

Quelles sont les opportunités offertes par l’arrivée des nouvelles technologies dans l’industrie ?
L. S. – Les constructeurs de machines ont considérablement réduit leurs délais de commercialisation, en passant de trois ans à six mois en moyenne. L’industrie en général est passée en quelques années de la production de masse à la personnalisation de masse, avec des produits adaptés à la demande, ce qui constitue un véritable atout pour la France. En prenant l’exemple du textile, il n’y a plus d’industrie textile en France depuis la production de masse. Les manufacturiers parviennent à capter la demande et les retours clients, à réorienter la production en petites séries et à proposer très rapidement les produits en boutique. En prenant l’exemple de l’automobile de luxe, il y a cinq ans, une voiture type supercar coûtait environ 200 000 € avec un délai d’attente minimal de deux ans et tous les modèles étaient exactement les mêmes. Aujourd’hui, elle coûtera certainement plus cher, mais elle est livrée en moins de six mois et toute une panoplie d’options sont disponibles pour personnaliser sa voiture. L’intelligence artificielle permet d’optimiser les processus, à l’image d’applications comme Waze, où l’intelligence de la communauté crée une capacité d’adaptation.

Quelles technologies présentent le plus fort potentiel à vos yeux (BIM, intelligence artificielle, blockchain, robots, cobots, fabrication additive…) ?
L. S. – Je soulignerai trois technologies principales : le jumeau numérique et le Virtual Commissioning, l’Edge Computing et l’intelligence artificielle.
A. de F. – J’ajouterai les automatismes, car l’Industrie 4.0 ne pourrait pas exister sans ces technologies.

Comment assurer leur déploiement à grande échelle ?
L. S. – Un plan a été mis en place et nous sommes passés il y a trois-quatre ans de l’évangélisation au déploiement. L’État a investi 40 milliards d’euros sur le sujet, par l’intermédiaire de subventions, de prêts et de prêts garantis par l’État. Chaque région a son plan. Par exemple, la région Grand est accompagne 600 entreprises cibles. BPI, l’État, les régions, Solutions industrie du futur et les organisations professionnelles accompagnent les industriels dans leurs transitions.
A. de F. – Les adhérents du Gimelec portent une très grande partie des technologies 4.0. Nous devons nous assurer que ces technologies sont standardisées et normalisées, notamment avec nos voisins européens, pour créer les conditions de l’interopérabilité ou, par exemple, le développement de la 5 G industrielle. C’est la responsabilité du leader technologique qu’est le Gimelec.

La France dispose-t-elle des compétences nécessaires pour mener à bien les transitions numérique et énergétique du secteur industriel ?
A. de F. – Il s’agit là d’un sujet central. Le Gimelec se veut être plus actif sur la question des compétences. Nous sommes à l’aube de trente nouvelles glorieuses, avec un très fort potentiel de développement. Pour traverser avec succès cette période, il faut régler le problème des ressources dans sa composante matières comme dans sa composante humaine. Il y a donc trois problématiques sous-jacentes : le volume des nouvelles compétences, l’évolution des compétences existantes et enfin, la diversité des ressources humaines. L’enjeu des nouveaux métiers, notamment le développement des compétences sur le numérique, est essentiel. Nous manquons aujourd’hui, comme d’autres filières, de profils compétents sur ces sujets. Par ailleurs, la transition énergétique impactera de nombreux métiers qui vont devoir intégrer une compétence électrique. C’est le cas notamment des garagistes, qui vont devenir des électriciens. L’enjeu de formation initiale et continue est donc très important. Concernant l’apprentissage, qui est en forte croissance dans nos entreprises, il est impératif que les cycles de formation s’adaptent aux besoins des entreprises. Enfin, comme évoqué précédemment, la diversité des ressources, en particulier la diversité de genre, est un autre sujet majeur. Nous devons convaincre les jeunes femmes qu’elles ont toute leur place dans l’industrie et que cette dernière a besoin d’elles.
L. S. – Les postes d’ingénierie dans l’industrie sont occupés à moins de 20 % par des femmes. Par ailleurs, 70 % des étudiants des promotions d’ingénieurs partent du secteur industriel pour d’autres métiers, notamment le consulting et la finance. Il est essentiel de revaloriser les métiers de l’industrie et de donner envie aux jeunes de prendre part aux transitions.

Quelles mesures permettent d’accélérer la transition des compétences ?
A. de F. – Nos adhérents mènent un large panel d’initiatives à ce sujet. Certains d’entre eux disposent de leurs propres écoles ou signent des partenariats avec des CFA ou des écoles d’ingénieurs. Des associations de jeunes femmes étudiantes portent les sujets de l’industrie en tant qu’ambassadrices. Les diplômes sont également revus pour s’adapter aux besoins des employeurs. Mais visiblement, ces initiatives ne suffisent pas. Le conseil d’administration du Gimelec a donc décidé de faire de ce sujet de l’attractivité et des compétences l’une de ses priorités.

Quelles seront vos prochaines actions pour contribuer à dynamiser le secteur industriel dans les années à venir ?
L. S. – Nous menons deux types d’action, de court terme et de long terme structurel. Concernant les actions à court terme, je peux citer la plateforme industrie40.fr, site de référence des technologies 4.0, nos journées technologiques, le partenariat entre le Gimelec et GL Events pour accompagner la croissance de Global Industrie et en faire durablement un salon de référence. Pour ce qui est des actions à long terme, nous préparons les métiers et les compétences de demain, nous travaillons sur des projets relatifs à l’offre et la demande, nous identifions les filières stratégiques, nous accompagnons les industriels, nous pilotons le groupe 5G industrie pour un déploiement à grande échelle et nous nous assurons de la standardisation et de la normalisation pour favoriser l’interopérabilité des solutions.
A. de F. – Le Gimelec n’a jamais été aussi actif dans l’industrie. Et cela, grâce au leadership de nos adhérents qui ont une seule ambition : accélérer la transition énergétique et refaire de la France une terre industrielle.

Propos recueillis par Alexandre Arène

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