Aqara profite du CES 2026 pour montrer une vision assez claire de la “spatial intelligence” : un espace capable de comprendre ce qui se passe (présence, posture, mouvement, événements), d’en déduire un contexte, puis d’orchestrer chauffage, sécurité et confort automatiquement. L’idée n’est pas nouvelle sur le papier… mais Aqara la rend plus crédible grâce à une combinaison de hubs Matter multi-protocoles, de capteurs plus riches en données, et d’une volonté assumée d’interopérabilité.
Le fabricant met en avant une approche “système” plutôt qu’une succession de gadgets. Au cœur de la démonstration : le Thermostat Hub W200 et la Camera Hub G350, qui jouent le rôle de centres de pilotage. Autour : le capteur de présence avancé FP400 (mmWave + IA), le capteur multi-états P100 (9 axes) et la serrure U400 compatible home key, plus une plateforme orientée gestion de projets et multi-sites, Aqara Builder.
Deux “centres” Matter pour unifier contrôle, automatisations et données terrain
Aqara positionne le Thermostat Hub W200 et la Camera Hub G350 comme des contrôleurs Matter capables d’agréger plusieurs protocoles : Wi-Fi double bande, Thread et Zigbee. Sur le terrain, c’est un point clé pour un installateur : un seul centre logique peut faire le pont entre des équipements Aqara existants (souvent Zigbee) et des périphériques Matter/Thread de marques tierces, tout en gardant une logique d’automatisation cohérente.
Ce choix est aussi une réponse à la réalité des chantiers : on croise rarement une installation “pure Thread” ou “pure Zigbee”. Le mix est la norme, surtout en rénovation. Avoir des hubs capables de parler plusieurs langues (et de rester ouverts à Matter) limite le verrouillage, et simplifie les extensions futures.
Thermostat Hub W200 : pilotage HVAC, optimisation énergétique et écran de contrôle
Le Thermostat Hub W200 est présenté comme un pivot “confort + énergie + sécurité”. Côté HVAC, Aqara met en avant l’exploitation de deux fonctions côté Apple : Adaptive Temperature et Clean Energy Guidance. Le principe est simple à expliquer à un client, mais techniquement intéressant : le système ajuste la consigne en fonction d’un contexte (retour à la maison estimé via iPhone, états dans Apple Home comme “home”, “sleep”, “away”, etc.) et peut aussi décaler légèrement le chauffage/clim pour profiter de moments où le réseau est “plus propre” et l’électricité potentiellement moins chère.
Dans la pratique, cela ouvre des scénarios très parlants. Un occupant part travailler : passage en “away”, baisse progressive. Si l’iPhone détecte un retour probable, la température remonte juste à temps. Et si l’on ajoute une contrainte d’optimisation “réseau plus propre”, la consigne peut être ajustée à la marge sans dégrader le confort (c’est typiquement le genre de détail qui fait sourire un client… quand il voit la courbe de conso).
Aqara ajoute un angle “tableau de bord” avec un écran tactile 4 pouces en couleur : le W200 peut se synchroniser avec une sonnette Aqara et une serrure Aqara, pour vérifier un visiteur et déclencher l’ouverture depuis ce panneau. Dans un logement, c’est pratique. Dans un petit tertiaire (cabinet, bureau, showroom), c’est carrément un point d’accueil minimaliste.
À noter, car c’est le genre de détail qui fait gagner du temps en avant-vente : ces fonctions liées à Apple ont des prérequis côté iOS/watchOS/tvOS et HomePod/Apple TV. Il faudra donc cadrer clairement le périmètre “fonctionne en mode standard” versus “fonctionne avec les fonctions avancées Apple”.
Camera Hub G350 : première caméra Aqara certifiée Matter, double optique et IA embarquée
Avec la Camera Hub G350, Aqara annonce sa première caméra certifiée Matter, compatible avec les spécifications Matter 1.5. L’intérêt pour un intégrateur, ce n’est pas juste “ça marche avec plus de systèmes”, c’est surtout la promesse d’un contrôle unifié et d’une intégration plus pérenne côté plateformes compatibles (Aqara cite notamment Homey et SmartThings).
La G350 est une caméra intérieure PTZ à double objectif : un grand-angle 4K et un téléobjectif 2,5K, avec un zoom hybride annoncé à 9x. Cela peut paraître “marketing”, mais sur un usage réel, la double optique a un avantage : conserver une vue d’ensemble tout en pouvant lire un détail sans devoir sacrifier toute la scène. L’IA ajoute deux briques attendues : suivi automatique (personnes/animaux) pour garder le sujet dans le cadre, et détection d’événements/sons avec alertes, incluant détection personne/animal et reconnaissance faciale, annoncées comme “on-device” (donc sans dépendre systématiquement d’un cloud).
Sur un chantier, la question à anticiper sera la place de la G350 dans l’architecture : quand la caméra devient aussi un “hub” logique, on ne la positionne plus uniquement “là où l’image est belle”, mais là où la connectivité est stable et où son rôle de centre de pilotage est pertinent.
FP400 : capteur mmWave multi-personnes, posture, comptage et détection de chute
Le capteur FP400 vise clairement le haut du panier : mmWave + algorithmes IA pour suivre plusieurs personnes, leur position, et même leur posture (debout, assis, allongé) en temps réel. Et Aqara va plus loin avec des fonctions orientées “analyse d’occupation” : comptage de personnes, temps moyen de présence, distance de marche… des métriques qui intéressent autant une maison (présence fiable sans faux positifs) qu’un environnement pro (optimisation de zones, déclenchement d’éclairage/HVAC par occupation réelle).
Le FP400 est annoncé double protocole Thread/Zigbee. C’est une bonne nouvelle pour l’intégration progressive : Zigbee pour s’appuyer sur un parc existant, Thread pour viser des déploiements plus “Matter-first” à moyen terme. Aqara évoque aussi la détection de chute lorsqu’il est monté latéralement, avec une cible d’usage qui déborde du logement : environnements de santé/assistance. Pour un installateur, cela mérite un cadrage prudent (détection ≠ dispositif médical), mais la capacité technique est intéressante pour des scénarios d’alerte et de levée de doute.
P100 : capteur 9 axes “multi-états” pour portes, objets et anti-intrusion créatif
Le Multi-State Sensor P100 joue une autre carte : le capteur “à tout faire” quand on veut détecter plus que l’ouverture d’une porte. Avec son capteur 9 axes et ses algorithmes IA, il peut détecter vibration, mouvement, tap/knock, chute et inclinaison. Aqara le présente à la fois pour la surveillance de portes/fenêtres, et pour des scénarios de suivi d’objets (mouvements d’un objet de valeur, vibrations anormales, tentative d’arrachement…).

Il y a un point opérationnel important : Aqara précise que le mode “Object Status Monitoring” (vibration, mouvement, chute, tap, tilt) n’est disponible qu’en mode Zigbee et avec l’app Aqara Home. Donc, si votre projet vise exclusivement Matter, il faudra bien distinguer les capacités “Matter” de base et les capacités enrichies via Zigbee + Aqara Home. C’est typiquement le genre de nuance qui évite les mauvaises surprises en recette.
Serrure U400 : UWB, home key, Matter et préparation Aliro
La Smart Lock U400 complète la démonstration avec un sujet très demandé par les clients : l’accès sans clé, sans friction. Aqara met en avant une serrure deadbolt avec UWB, permettant le déverrouillage mains libres via home key dans Apple Wallet (iPhone / Apple Watch), avec une ouverture “à l’approche” autour de 1,8 m. Côté intégration, la serrure est annoncée certifiée Matter et “Aliro-ready”, ce qui vise une compatibilité future plus large pour l’accès mobile et des clés numériques multi-écosystèmes (Aqara cite notamment Samsung Wallet, attendu au T1 2026).
Là encore, le concret compte : pour Apple Home, Aqara indique des prérequis Thread (home hub compatible ou routeur de bord Thread tiers), et des exigences de versions iOS/watchOS selon les modes d’ouverture (approche, tap). En déploiement, cela se traduit par une check-list simple à valider avant installation, surtout en parc résidentiel où tout le monde n’a pas le même matériel ni les mêmes OS.
Aqara Builder : une brique “pro” pour gérer projets, multi-sites et support à distance
Aqara ne se limite pas au matériel et dévoile Aqara Builder, présenté comme une plateforme tout-en-un pour la gestion d’espaces connectés. Le discours vise clairement les intégrateurs : gestion de projet collaborative, accès à distance, contrôle multi-sites, configuration, supervision, et support technique “n’importe où”. Sur un portefeuille de clients (petits commerces, locations, résidences secondaires, bureaux), ce type d’outil peut faire la différence, parce qu’il réduit les déplacements pour des ajustements mineurs, et structure mieux la maintenance.
Si l’on lit entre les lignes, Aqara cherche à rendre son écosystème plus “industrialisable” : des produits plus interopérables via Matter, et une couche de gestion pour déployer et opérer dans la durée. Pour le marché des professionnels, c’est exactement l’axe attendu : moins de bricolage, plus de reproductibilité.
Ce que ces annonces changent pour un installateur : interopérabilité, données riches et scénarios plus fiables
Le message principal, c’est la montée en puissance de Matter… sans renier Zigbee. Les hubs W200 et G350, avec Wi-Fi/Thread/Zigbee, sont pensés pour fédérer l’existant et préparer la suite. Le FP400 et le P100, eux, apportent des données plus “qualitatives” que les capteurs traditionnels : présence multi-personnes, posture, vibrations multi-axes, chocs, inclinaison. À la clé, des automatisations plus fines et, surtout, moins pénibles à régler chez le client (cette fameuse lumière qui s’éteint quand on est immobile… vous voyez très bien).
On imagine facilement des scènes plus naturelles : chauffage qui tient compte du sommeil, éclairage qui suit une présence réelle plutôt qu’un simple PIR, alerte si un objet sensible est déplacé, verrouillage/déverrouillage fluide sans dépendre d’un cloud capricieux. Et quand Aqara ajoute une plateforme comme Builder, le sujet passe du “one-shot” à la gestion long terme : c’est là que la domotique devient un service, pas seulement une installation.
Merci à l’Observatoire Immobilier Connecté pour son soutien lors de cet évènement incontournable.









