Marc Gratton : « un kilowattheure n’a pas la même valeur selon l’endroit où il arrive »

Projet N’Tolo au Cameroun. © Electriciens sans frontières

Pour Marc Gratton, vice-président d’Electriciens sans frontières, les 40 ans de l’association racontent autant l’évolution des crises que celle des solutions techniques. Du solaire au stockage, du suivi à distance à la maintenance locale, l’enjeu reste le même : faire de l’énergie un levier concret pour la santé, l’éducation et l’activité économique.

Électricien+ – Electriciens sans frontières fête cette année ses 40 ans. Quand vous regardez le chemin parcouru depuis 1986, qu’est-ce qui a le plus changé dans les besoins des populations ?

Marc Gratton – Ce qui a le plus changé, c’est la montée en puissance des besoins d’urgence. Il y a 40 ans, on répondait surtout à des besoins de long terme, liés à la santé et à l’éducation. Aujourd’hui, il faut aussi intervenir dans des situations de crise, de catastrophe naturelle ou de guerre, où l’accès à l’énergie est directement menacé. En parallèle, les besoins liés au développement économique local ont pris plus de place, avec des communautés qui cherchent à sortir de la pauvreté grâce à des activités génératrices de revenus.

Électricien+ – Vos projets reposent aujourd’hui très largement sur les énergies renouvelables, notamment le solaire photovoltaïque. Comment voyez-vous l’évolution des technologies utilisées dans vos installations, notamment en matière de stockage, de fiabilité et de maintenance dans des zones rurales isolées ?

M. G. – Le stockage a beaucoup progressé, d’abord parce que les coûts ont baissé, ensuite parce que les batteries sont devenues plus simples à entretenir. Cela change tout pour des installations en zones rurales isolées, où l’on ne peut pas compter sur une intervention rapide ou sur des compétences très pointues sur place. La fiabilité des panneaux, des onduleurs et de l’ensemble de la chaîne s’est aussi améliorée. Et puis il y a le monitoring à distance, qui permet de suivre les installations, de détecter une dérive et d’aider les partenaires locaux à intervenir plus vite.

Électricien+ – Beaucoup d’électriciens en France travaillent désormais autour de l’efficacité énergétique, du solaire, du pilotage intelligent ou encore de l’autonomie énergétique. Est-ce que vous observez un rapprochement entre les compétences des installateurs d’aujourd’hui et les besoins humanitaires de demain ?

M. G. – Oui, et il est très net. Nous travaillons avec toute la filière électrique, des installateurs aux fédérations professionnelles et aux distributeurs de matériel. Beaucoup de compétences qui se développent aujourd’hui en France, comme le pilotage, le suivi, l’optimisation ou l’autonomie énergétique, sont directement transposables sur nos terrains d’intervention. La différence, c’est que dans nos contextes, chaque économie d’énergie, chaque gain de robustesse, chaque amélioration de la maîtrise de la consommation compte énormément.

Électricien+ – Au-delà de l’installation électrique elle-même, vos projets ont souvent un impact sur la santé, l’éducation, l’accès à l’eau ou encore le développement économique local. Avez-vous un exemple de mission particulièrement marquante qui illustre concrètement ce que « l’accès à l’énergie » change dans la vie quotidienne ?

M. G. – Le projet de N’Tolo, au Cameroun, illustre bien ce que change l’électricité. Dans ce village rural, l’absence de moyens de conservation entraînait la perte d’une grande partie des productions agricoles. Le projet de module autonome de production permet désormais de transformer le manioc et d’autres légumes, avec 30 panneaux solaires, 3 batteries, l’éclairage des locaux et le câblage des machines. Au-delà de l’installation, c’est toute une chaîne locale de valeur qui peut se développer, avec des revenus supplémentaires et moins de gaspillage.

Électricien+ – Beaucoup de professionnels du secteur aimeraient sans doute donner du sens à leur métier ou transmettre leurs compétences. Comment un électricien peut-il aujourd’hui s’engager concrètement aux côtés d’Electriciens sans frontières ?

M. G. – C’est très simple : il peut nous contacter via le site, les réseaux sociaux ou l’une de nos 14 délégations régionales. Nous n’avons pas de profil type, mais nous avons besoin d’experts à toutes les étapes : analyse des besoins, conception, installation, maintenance, suivi et ateliers énergie. Avec un engagement de pérennisation sur 10 ans, nous cherchons des professionnels capables de faire vivre les projets dans la durée.

 

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