Powercast au CES 2026 : l’alimentation sans fil passe du gadget à l’infrastructure

Au CES 2026, Powercast arrive avec un message assez clair : l’alimentation sans fil n’est plus un simple confort pour recharger un appareil, c’est en train de devenir une brique d’infrastructure, au même titre que le Wi-Fi ou le réseau IP dans un bâtiment moderne.

L’entreprise annonce vouloir répondre à un problème très concret que les installateurs connaissent par cœur : dès que l’on déploie des capteurs partout (smart home, GTB, supervision IA, data centers, industrie), les piles et les câbles deviennent le maillon faible. Maintenance, pannes, coûts récurrents, contraintes de pose, design produit… tout finit par tourner autour de “comment on alimente ce truc ?”.

Trois plateformes, trois portées : de l’IoT “sans pile” jusqu’au dock à 1 000 W

L’annonce CES 2026 met en avant trois familles technologiques, pensées comme complémentaires : la puissance RF longue portée pour des micro-consommations (capteurs, tags, petits objets connectés), la résonance magnétique à portée intermédiaire pour créer des “zones d’énergie” intégrées dans des surfaces, et une approche inductive haute puissance (SmartInductive) pour des applications de recharge dockée, robustes, parfois dans des environnements contraignants. Powercast résume le tout par un spectre allant de microwatts à kilowatts, sur des distances allant de quelques centimètres à “des dizaines de mètres”.

Pour un installateur, l’intérêt est simple : on ne parle pas d’une seule techno “miracle”, mais d’un outillage complet pour attaquer différents cas de chantier, du capteur planqué dans un faux plafond jusqu’à la station de recharge d’un robot de service.

Petit point de vocabulaire relevé sur le stand : Powercast parle bien de résonance magnétique (et non de “résonance électromagnétique”). Dans leur discours, la résonance magnétique est distincte de l’induction “classique” utilisée pour la recharge dockée, et la RF correspond à l’alimentation à distance pour de faibles puissances. Cette clarification évite les raccourcis avec la recharge grand public des smartphones.

RF power-over-distance : des capteurs BLE et RFID alimentés jusqu’à 60m

La partie la plus “bâtiment” de l’annonce, c’est la plateforme RF. Powercast annonce une alimentation “over-the-air” jusqu’à 60 mètres, avec l’objectif de rendre possibles des capteurs sans pile et sans maintenance, aussi bien en maison connectée qu’en bâtiment tertiaire ou data center.

Au CES, la marque a notamment réalisé des démonstrations de capteurs température/humidité alimentés sans fil, y compris des dispositifs Bluetooth Low Energy (BLE) destinés à l’IoT, ainsi que des capteurs RAIN RFID positionnés pour des usages médicaux, logistiques et industriels.

Un point intéressant pour les intégrateurs : Powercast parle aussi d’un “sensor tag” BLE ultra-fin (1,2 mm) capable de remonter plusieurs types d’informations : température, humidité, luminosité, et même la détection de fuite d’eau. Cela ouvre des scénarios très concrets sur le terrain. Imaginez un local technique ou une armoire réseau : un tag alimenté en RF, collé au bon endroit, et vous récupérez un signal continu sans vous demander “qui va changer les piles ?”.

Côté architecture, Powercast s’appuie sur une logique émetteur + récepteur : par exemple, le PowerSpot TX91503 diffuse de l’énergie en bande ISM 915 MHz, et des récepteurs (Powerharvester) embarqués dans les objets convertissent cette énergie RF en courant continu utilisable. Dans un projet, cela se traduit souvent par une réflexion “couverture” très proche de celle du Wi-Fi : positionnement d’émetteurs, zones d’ombre, matériaux, densité d’objets, et dimensionnement au besoin énergétique réel (un capteur de fuite n’a pas le même profil qu’un objet qui doit transmettre très souvent).

Résonance magnétique : des zones d’énergie intégrées dans un bureau, un mur, un plan de travail

Deuxième démonstration très “CES” (mais avec un vrai potentiel en pro) : la résonance magnétique, en partenariat avec Etherdyne Technologies (ETI). L’idée est de créer une zone d’alimentation intégrée dans une surface, typiquement un bureau, un plan de travail ou même un élément mural, capable d’alimenter plusieurs appareils en même temps dans un “champ” à l’échelle d’un poste de travail.

Sur le stand, Powercast insiste sur un point très concret : l’intégration dans le mobilier. La démonstration montre une table alimentante sur toute la surface, sans perçage apparent, pensée pour garder un poste de travail net (et éviter le festival de câbles sous le bureau). L’idée n’est pas seulement de “recharger sans fil”, mais de transformer un bureau en zone d’énergie, utilisable au quotidien sans modifier l’esthétique du mobilier.

Powercast annonce une puissance totale pouvant aller jusqu’à 100 W dans cette zone (format “desktop”), et surtout une nouveauté CES 2026 : un récepteur 50 W capable d’alimenter un ordinateur portable sans fil dans un environnement de bureau. ETI décrit ce principe comme une boucle intégrée dans la surface, créant une “Wire-Free Power Zone” au passage d’appareils compatibles.

Pour les installateurs, ce n’est pas juste un gadget “waouh”. On peut très bien imaginer des usages en points de vente (bornes, tablettes, accessoires), en salles de réunion, en postes d’accueil, en ateliers (outillage léger, capteurs, terminaux), ou dans des environnements où l’on veut éviter les connecteurs exposés (poussière, nettoyage fréquent, projections). Et il y a un autre bénéfice, souvent sous-estimé : en supprimant les câbles visibles et les alimentations individuelles, on simplifie énormément l’exploitation au quotidien. Moins de “ça ne charge plus”, moins de faux contacts, moins de prises surchargées sous le bureau… le nerf de la guerre, c’est la tranquillité.

SmartInductive : jusqu’à 1 000 W en dock, pour des designs étanches et costauds

Troisième brique : SmartInductive, une technologie de recharge sans fil “dock-based” développée avec Powermat. Powercast annonce jusqu’à 1 000 W de puissance pour des applications où l’on veut recharger vite, avec un alignement maîtrisé, et souvent avec des contraintes de robustesse (appareils scellés, pas de connecteurs, nettoyage, environnements difficiles).

Powercast cite des domaines très larges : produits grand public, drones, robots, plateformes de mobilité, dispositifs médicaux, outils industriels. Powermat présente SmartInductive comme une approche visant à transformer des surfaces en zones de charge et à étendre l’usage de l’inductif à davantage d’applications.

En clair : si la RF sert à “nourrir” des capteurs et petits objets en continu, et si la résonance crée des zones d’énergie à portée intermédiaire, SmartInductive vise le moment où l’équipement vient “se poser” pour reprendre une grosse dose d’énergie. Typiquement, un robot de nettoyage en collectivité, un AGV en industrie, un appareil médical mobile, ou un outil sur chariot : on veut un retour en charge fiable, reproductible, et sans connecteur qui s’oxyde ou se casse.

Ce que cela change pour les intégrateurs : la maintenance (piles, connecteurs, câbles) devient un chantier à part entière

Ce que Powercast essaie de vendre (au bon sens du terme), c’est une idée simple : dans un bâtiment connecté moderne, l’énergie des petits objets devient aussi stratégique que la connectivité. Leur pitch “wireless power comme le Wi-Fi” n’est pas qu’une formule : si vous installez 50, 200 ou 1 000 capteurs, l’organisation de la maintenance des piles peut vite coûter plus cher que le matériel.

Pour les professionnels, cela ouvre aussi une nouvelle lecture des offres : on ne propose plus seulement un capteur ou une sonde, on propose un système complet “capteur + alimentation + supervision”, avec une promesse de réduction des interventions. Et en client final, c’est souvent ce qui fait pencher la balance : personne n’a envie de payer une tournée annuelle de remplacement de piles dans des endroits pénibles d’accès.

Autre élément intéressant entendu sur place : Powercast ne présente pas cela comme une techno “générique”, mais comme une réponse à deux terrains très identifiés. D’abord l’espace bureau, parce que c’est là que l’encombrement de chargeurs et de câbles devient vite ingérable. Ensuite les espaces retail et les démonstrations en magasin : éclairages, objets sur présentoir, PLV… avec l’idée de supprimer les alimentations visibles et d’accélérer la mise en place de ces installations.

Points de vigilance sur le terrain

Avant de s’emballer, il y a quelques réalités de chantier à garder en tête. La RF “jusqu’à 60m » annoncée dépendra forcément de l’environnement, des obstacles, des règles locales, du budget énergétique réel côté capteur, et de la manière dont l’infrastructure est dimensionnée. Il faudra penser couverture, densité d’objets, et surtout cas d’usage : un capteur qui mesure toutes les 10 minutes n’a pas la même consommation qu’un objet qui émet en continu.

Deuxième point : l’intégration IT/IoT. BLE, RFID, tags de supervision… il faut prévoir le chemin de la donnée (passerelles, réseau, sécurité), pas seulement le chemin de l’énergie. La cerise sur le gâteau, c’est quand énergie et données avancent ensemble et que l’exploitation est simple.

Enfin, sur la résonance et l’inductif, la conception “mécanique” et l’intégration dans le mobilier ou les stations de charge deviennent centrales : emplacement, matériaux, contraintes d’usage, nettoyage, accessibilité, et maintenance des éléments d’infrastructure eux-mêmes.

Un mot sur Powercast : volume industriel et approche “boîte à outils”

Powercast rappelle avoir déployé plus de 30 millions de produits “wireless power-enabled” et détenir plus de 300 brevets, avec une offre qui va des ICs et modules jusqu’aux designs de référence et services d’intégration. Pour un installateur, c’est plutôt rassurant : cela ressemble moins à une techno de labo qu’à un écosystème déjà industrialisé, avec des briques réutilisables selon les projets. Une technologie donc à suivre de près, qui pourrait venir faciliter certains chantiers dans un avenir pas si lointain.