De l’architecture à l’industrie, Xavier Boymond a porté un regard attentif aux paysages urbains et naturels où la lumière devient langage.
Xavier Boymond capte la lumière mise en scène par les concepteurs ; à la croisée des savoir-faire techniques et d’une sensibilité humaine, son travail révèle les usages, les bâtiments, les lieux et ceux qui les habitent. Du lever du soleil à l’obscurité, en passant par l’heure bleue, tout au long de trente années de prises de vue, il nous a offert une autre perception des espaces extérieurs et intérieurs.
Avant de parler lumière, racontez-nous comment vous avez décidé de devenir photographe professionnel.
Xavier Boymond – Titulaire d’un BTS de photographie, je décide de partir aux États-Unis pour réaliser des reportages, avec en poche mon premier véritable appareil professionnel. Je pensais rester deux ou trois mois, mais sur la route, je rencontre un photographe de Minneapolis qui m’invite à passer le voir avant mon retour. Finalement, je suis resté un an, à travailler dans le milieu de la photo de mode. Une fois rentré à Toulouse, j’ai poursuivi quelque temps dans ce domaine, sans toutefois m’y retrouver complètement. Un industriel du bâtiment, Technal, recherchait alors un photographe pour couvrir leurs réalisations sur toute l’Europe. Cette dimension architecturale m’a immédiatement séduit et j’ai poursuivi cette collaboration pendant de nombreuses années. En parallèle, je me suis fait connaître pour mes reportages dans le secteur industriel qui mettaient l’humain au cœur de l’image. De grands groupes m’ont alors sollicité – Vinci, Thalès, Spie, Bouygues, Eiffage, ERDF… et progressivement, de l’architecture et l’industrie, après avoir développé une attention particulière à l’environnement, aux perspectives et aux matières, je me suis tourné vers les reportages sur la lumière.
C’est donc via l’architecture que la lumière est arrivée ?
Xavier Boymond – Effectivement. Un jour, un photographe me montre un Ektachrome réalisé pour un architecte, pris à la tombée de la nuit. L’image était superbe. À l’époque, il fallait multiplier les expositions, espacées de plusieurs minutes, afin d’équilibrer correctement chaque zone et révéler l’intérieur du bâtiment. C’était un travail techniquement très exigeant, mais le rendu était exceptionnel. J’ai alors décidé de me spécialiser dans ce domaine. J’ai travaillé pour Bardes Sud-Ouest, devenue ensuite une entité de Citeos. Mes premiers reportages en éclairage se faisaient encore en argentique, avec un thermocolorimètre et une valise complète de filtres.
La led a dû modifier tout cela ?
Xavier Boymond – Oui, d’abord parce que l’ensemble du parc d’éclairage a dû être repensé. Comme j’étais déjà identifié dans ce secteur, je me suis rapproché des concepteurs lumière afin de valider mes prises de vue par rapport à leurs intentions initiales. Progressivement, je les ai de plus en plus sollicités, jusqu’à leur demander d’identifier les projets en cours afin que je contacte les différents acteurs pour financer mes reportages. Peu à peu, ce sont les concepteurs lumière eux-mêmes qui m’ont accordé leur confiance et passé commande. L’arrivée du numérique a été déterminante : comme si l’on disposait soudain d’une vaste boîte à outils permettant de corriger la température de couleur et les contrastes en postproduction, de se rapprocher au plus juste de la perception visuelle et de gérer les densités par multiexposition. Là où autrefois il fallait intervenir directement sur un même Ektachrome, aujourd’hui ces ajustements se font après coup en postproduction. Photographier la lumière n’est pas ce qu’il y a de plus aisé, l’outil numérique facilite beaucoup les choses en offrant une grande souplesse sur les réglages. Je retrouve chez les concepteurs lumière la même exigence que chez les architectes, ainsi qu’un réel respect de mon regard. Témoigner d’un projet tout en y apportant sa sensibilité reste délicat ; c’est pourquoi je m’attache avant tout à restituer fidèlement, sans artifices, ce que j’ai perçu. Autrefois, pour accéder à de grandes hauteurs, il fallait utiliser une nacelle ou grimper dans les étages. Aujourd’hui, j’utilise un drone, offrant des points de vue inédits. Cela me permet aussi de montrer un projet dans sa globalité, avec sa photométrie au sol et son inscription dans l’environnement.
Et demain, quelle photo souhaiteriez-vous faire ?
Xavier Boymond – Je suis particulièrement sensible aux environnements lumineux capables de transformer la dimension sociale d’un quartier, à la manière dont les riverains se réapproprient un lieu grâce à son éclairage. Il y a une dizaine d’années, à Lyon, j’avais eu une commande concernant une petite place située dans un quartier difficile, très mal éclairé. J’ai photographié le site avant, pendant et après les travaux. Le résultat était saisissant : le nouvel éclairage a permis aux habitants de se réapproprier l’espace, d’y organiser des événements musicaux et théâtraux (voir photo 1 ci-dessous). Une mise en lumière réussie replace l’humain au cœur des places publiques – et donc au centre de mes images, en extérieur comme en intérieur, c’est essentiel pour moi. Depuis quelques années, grâce à l’évolution des techniques, il est devenu relativement simple de tourner des courts métrages. Et, avec mes assistants, formés à mes techniques, nous réalisons des vidéos de projets, particulièrement pertinentes lorsque l’éclairage est dynamique, enrichies par les témoignages des différents intervenants. Les photos de demain, c’est avec eux, David Aubert et Alexandre Le Gratiet, que je les ferai, puisque nous avons créé un collectif qui s’appelle « Six Degrés Ouest », référence à l’heure bleue – lorsque le soleil se situe à six degrés sous l’horizon – et qui me permet de transmettre et de partager un savoir-faire nourri de trente années d’expérience.
Propos recueillis par Isabelle Arnaud















