Nicolas Hulot : les enjeux d’une nomination surprise

Nommé ministre d’État à la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a finalement intégré l’équipe gouvernementale d’Emmanuel Macron. Deuxième dans l’ordre protocolaire, l’ancien photographe et présentateur d’Ushuaia TV a ainsi vocation à jouer un rôle majeur au sein du gouvernement Édouard Philippe. Cependant, si certains se réjouissent de la présence d’un écologiste historique au sein du gouvernement, beaucoup déplorent déjà des marges de manœuvre limitées et doutent des réels engagements d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre Édouard Philippe en faveur de la transition et de l’efficacité énergétique des bâtiments.

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Transition et efficacité énergétique : un engagement politique limité du chef de l’État ?

Rédigé à partir de deux groupes de travail sur l’énergie et l’environnement, le programme d’Emmanuel Macron sur les questions écologiques a été composé par un panel d’experts venus de la société civile et de personnalités politiques mobilisées sur ces questions. Certains de ces acteurs, engagés dans la campagne d’Emmanuel Macron, comme Julien Marchal, ancien conseiller énergie, environnement et industries extractives du cabinet d’Emmanuel Macron, Diane Simiu, directrice des programmes au sein de l’ONG WWF ou encore Arnaud Leroy, député socialiste des Français de l’étranger, pourraient contribuer à la mise en œuvre de la politique environnementale du nouveau président aux côtés de Nicolas Hulot.

Avec Michèle Pappalardo, sa nouvelle directrice de cabinet, Nicolas Hulot peut compter sur un soutien d’expérience. Déjà directrice de cabinet du ministre de l’Environnement en 1993, cette ancienne énarque connaît parfaitement bien les réalités du travail ministériel. Sur les questions environnementales, elle a notamment occupé des postes de direction dans de grands services chargés de la mise en œuvre de la transition et de l’efficacité énergétique, dont l’ADEME de 2003 à 2008. En 2008, elle a été nommée commissaire général au développement durable au sein du ministère de l’Écologie, occupant ce poste pour une durée de trois ans.  Ses contacts de longue date avec les acteurs de la transition énergétique devraient permettre de faciliter très fortement les contacts entre les services du ministre et les parties prenantes associées à ces enjeux.

Michèle Pappalardo, directrice de cabinet de Nicolas Hulot

Le programme et les engagements politiques d’Emmanuel Macron sur ces enjeux s’inscrivent dans la lignée de la loi sur la transition énergétique et des objectifs du gouvernement précédent.  Le nouveau chef de l’État est ainsi déterminé à atteindre 50 % d’énergie renouvelable dans le mix global d’ici 2025 et à mener une politique étatique volontariste, fondée sur 15 milliards d’euros d’investissements publics. Sur le plan de l’efficacité énergétique, Emmanuel Macron a promis un grand plan de rénovation énergétique des bâtiments publics, chiffré à 4 milliards d’euros. Pour les ménages, Emmanuel Macron souhaite achever la rénovation énergétique d’un million de logements-passoires et soutenir les initiatives des particuliers par la création d’un crédit d’impôt incitatif d’ici 2022. De même, il souhaite permettre aux foyers les plus modestes d’avoir accès à ces travaux de rénovation, en proposant notamment des audits gratuits. Cependant, l’ancien ministre de l’Économie s’est montré, sur ces questions, relativement discret pendant toute la campagne présidentielle, signe d’un intérêt limité pour les enjeux énergétiques.

De Notre-Dame-des-Landes à la mise en œuvre de la transition énergétique, certains chantiers délicats attendent le nouveau ministre d’État. L’amplitude d’action de Nicolas Hulot reste encore à définir et un besoin de clarté sur ses réelles prérogatives est nécessaire.

Agir face aux divergences : les marges de manœuvre limitées de Nicolas Hulot

Mais des divergences évidentes existent entre Emmanuel Macron, Édouard Philippe et le nouveau ministre. En effet, Nicolas Hulot perçoit l’énergie nucléaire comme un enjeu vital, dont la France doit sortir très largement. En revanche, ni Emmanuel Macron, ni Édouard Philippe n’entendent abandonner le nucléaire. Au contraire, le nouveau président de la République a multiplié les déclarations en faveur de l’énergie nucléaire, la considérant même comme un « choix d’avenir ». Les futures relations entre le Premier ministre et Nicolas Hulot suscitent aussi quelques questions. En effet, Édouard Philippe n’est guère connu pour ses engagements écologiques. Pour beaucoup d’ONG écologistes et de parlementaires de gauche, le passé d’Édouard Philippe en tant que directeur des affaires publiques du géant du nucléaire Areva, entre 2007 et 2010, suscite des inquiétudes majeures. Nicolas Hulot s’est, quant à lui, exprimé à plusieurs reprises sur le programme d’Emmanuel Macron, déplorant des engagements moins exigeants que ceux portés par Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon. L’écologiste s’est ainsi distingué par des positions offensives et radicales, prônant une sortie de « l’économie carbonée » et une révision fondamentale du « modèle énergétique » actuel.

L’incertitude très forte des marchés suite à la nomination de Nicolas Hulot a ainsi entraîné une chute brutale de 6,57 % du titre EDF à la Bourse de Paris le mercredi 17 mai, le lendemain de l’annonce du gouvernement. Plusieurs questions occasionnent des appréhensions visibles au sein du premier producteur et fournisseur d’électricité de France. En effet, la fermeture annoncée de la centrale de Fessenheim ou la non-prolongation de la durée de vie des réacteurs existants de 40 à 60 ans représentent autant de sources d’inquiétude et semblent annoncer des relations compliquées entre Nicolas Hulot et le leader français du nucléaire. Si le titre EDF a grimpé de 27 % en un mois à la Bourse de Paris, notamment du fait de la victoire annoncée d’Emmanuel Macron, cette baisse nette témoigne d’une grande réactivité et inquiétude de la part des acteurs du nucléaire en France après la nomination de Nicolas Hulot.

Autre élément notable, la disparition du ministre du Logement, dont les prérogatives sont transférées à Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, risque de complexifier les attributions de chacun des ministres. Nicolas Hulot devra donc collaborer activement avec d’autres ministres sur certaines projets centraux, notamment l’efficacité énergétique des bâtiments, à mener conjointement avec Richard Ferrand. Dans le domaine du développement de la mobilité verte, Nicolas Hulot aura obligation de travailler avec Élisabeth Borne, ancienne présidente de la RATP, en charge des transports. Avec un statut de ministre d’État, Nicolas Hulot possède cependant le pouvoir d’organiser des réunions interministérielles, censées optimiser la coordination entre les différents acteurs engagés sur une thématique donnée.

Encore floues, les réelles prérogatives de Nicolas Hulot devraient rapidement être éclaircies. En lui confiant un ministère aux pouvoirs élargis, Emmanuel Macron semble cependant placer la transition énergétique au cœur de son mandat présidentiel. Pour les professionnels du secteur, les engagements pris par le nouveau président, s’ils sont appliqués, pourraient leur permettre de jouir du soutien appuyé et salutaire de la puissance étatique.

Simon Ballarin

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