Interview croisée : Christel Heydemann, Béatrice Moal et Anne-Sophie Pérrissin-Fabert

De gauche à droite : Christel Heydemann, présidente de Schneider Electric France, Béatrice Moal, présidente de ARP-Astrance, Anne-Sophie Perrissin-Fabert, déléguée générale d'Ignes.

Depuis quelques années, le bâtiment vit une période de mutations profondes. La transition énergétique d’une part, contraint les acteurs à concevoir des solutions plus performantes et moins carbonées. D’autre part, la transition numérique représente un important levier de performance opérationnelle pour les gestionnaires et de confort pour les usagers. Christel Heydemann, présidente de Schneider Electric France, Béatrice Moal, présidente d’ARP-Astrance et Anne-Sophie Perissin-Fabert, déléguée générale d’Ignes reviennent sur les défis environnementaux et technologiques que doit aujourd’hui relever la filière.

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Quel est votre regard sur les avancées du parc français en termes de performance énergétique et environnementale ?
Christel Heydemann – Le bâtiment est le secteur d’activité qui s’est le moins industrialisé et digitalisé durant ce dernier siècle. Il représente le premier poste de consommation d’énergie en France, avec environ 43 % de l’énergie, dont 70 % de l’électricité. Une série de mesures va accompagner sa transformation pour plus de performance énergétique et environnementale, avec la publication récente du décret tertiaire en juillet 2019, et celle à venir de la RE2020, qui conduira à une réduction majeure de son empreinte carbone. L’arrivée du digital représente un formidable gisement d’opportunités pour accompagner ces changements.

Béatrice Moal – Nous notons une poursuite de la stratégie de réduction des consommations d’énergie, notamment par le renforcement de la réglementation sur le neuf et la mise en place d’un ensemble d’outils pour le parc existant : audits énergétiques obligatoires, décret tertiaire en particulier. Nous assistons finalement au déplacement de la centralité des enjeux vers le carbone, sous l’impulsion des accords de Paris et de la stratégie nationale bas carbone. Plusieurs signaux forts traduisent ce basculement, parmi lesquels nous pouvons citer le virage pris par les majors du BTP, en investissant dans le développement de solutions bas carbone et d’alternatives au béton ; l’intégration de plus en plus forte de la sobriété et l’économie de matière dans la grille de lecture des projets (réutilisation, évolutivité, réversibilité, frugalité) ; ou encore le recours croissant aux matériaux biosourcés et géosourcés qui ne sont plus réservés à quelques opérations de démonstration. Dans le même temps, nous vivons une mutation des usages et des services, avec une place croissante du digital et du bien-être. Il est important que les acteurs de l’immobilier, professionnels et utilisateurs, soient vigilants à l’équilibre entre les bénéfices apportés par ces évolutions et leurs impacts environnementaux. Les projets neufs sont souvent réfléchis à l’échelle de quartier favorisant la solidarité/mutualisation énergétique permise par la mixité d’usage (bureaux, logements, commerces) pour une performance globale accrue. Cette dynamique qui est enclenchée doit désormais permettre d’embarquer toute la filière en apportant des réponses pour la transformation du parc existant. Il s’agit là d’une condition majeure de réussite de la transition environnementale du secteur immobilier.

Anne-Sophie Perrissin-Fabert – Le premier constat que l’on peut faire, c’est que l’on avance réellement ! Tous les professionnels du bâtiment et de l’immobilier sont mobilisés sur cette nécessité de performance énergétique et environnementale dans le logement neuf comme dans la rénovation. Il est important aussi de souligner que les solutions et les savoir-faire sont là, et qu’aujourd’hui, l’enjeu principal pour le parc résidentiel et le petit tertiaire est de déclencher l’action du consommateur et la solvabilisation de la demande. La réduction des consommations énergétiques, autour des 5 usages réglementaires, est de loin la plus appropriée. Il est nécessaire que nous poursuivions ce chemin de la performance énergétique en avançant sur « le consommer mieux » grâce au pilotage intelligent des bâtiments. Souvent encore exploitées de façon marginale, ces solutions permettent de réaliser jusqu’à 10 % d’économies d’énergie, selon une étude du CSTB/Carbone 4. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et la stratégie nationale bas carbone (SNBC) orientent d’ailleurs leurs actions vers une meilleure efficacité énergétique des équipements et une sobriété des usages, en incitant la diminution des consommations grâce aux équipements électriques et au développement des technologies intelligentes. Enfin, les enjeux de cycle de vie, de gaz à effet de serre qui seront introduits dans la réglementation environnementale 2020, tout comme l’économie circulaire, sont quant à eux en voie d’appropriation.


“L’arrivée du digital représente un formidable gisement d’opportunités pour accompagner les changements.”

Christel Heydemann


Constatez-vous des disparités selon les typologies de bâtiments ou les marchés ?
C. H. – Les technologies sont mâtures et maîtrisées par un grand nombre d’industriels français. Nous constatons toutefois des diversités selon les secteurs d’activité : l’immobilier d’entreprise est très dynamique, avec la concrétisation de plusieurs projets ces dernières années. Les secteurs publics, dont l’éducation et la santé, n’en sont pas au même stade d’avancement. Nous pouvons affirmer unanimement que l’ensemble des acteurs de la profession et l’ensemble des citoyens ont pris conscience des enjeux environnementaux et qu’ils souhaitent prendre des mesures en faveur du développement durable. Lors du salon SIMI 2019, le terme RSE a eu une forte résonance. Les technologies, le digital et l’efficacité énergétique sont les réponses d’aujourd’hui et de demain pour la construction et l’exploitation du bâtiment à faibles énergie et impact carbone. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons développé l’approche EcoStruxure.

Le bâtiment connaît aujourd’hui une période de forte émulation, avec l’arrivée de nombreux acteurs et innovations tous corps de métiers confondus. Comment l’expliquez-vous ?
A.-S. P.-F. – Le secteur du bâtiment est en mutation. Avant tout, car il s’agit du secteur le plus énergivore, fortement émetteur de CO2 et que l’on sait pouvoir obtenir des résultats plus rapidement que d’autres secteurs, pour contribuer à la neutralité carbone et lutter contre le réchauffement climatique. De plus, ces mesures permettent aux consommateurs, propriétaires, occupants, de réaliser de réelles économies d’énergie tout en améliorant leur confort et leur santé. Ensuite, la mutation s’explique par la digitalisation de la filière et les attentes suscitées par les technologies connectées permettant d’offrir de nouveaux services et fonctionnalités aux propriétaires, locataires et gestionnaires.

B. M. – Nous devons prendre en compte que le digital a fortement impacté nos habitudes : nos modes de vie, de travail, notre façon de consommer, d’apprendre… Ainsi, il est important que les bâtiments, dans lesquels nous passons plus de 80 % de notre temps, soient prêts à accueillir ces nouvelles attentes et accompagner l’appropriation de ces nouveaux usages avec l’importance d’une vision très globale et mixte afin de rendre le digital flexible et d’optimiser son utilisation et son utilité. Cette transformation de l’immobilier fait donc apparaître de nouvelles solutions (plateformes, IoT, BOS…) qui permettent d’ouvrir les bâtiments vers l’extérieur et de les connecter à tout un écosystème de services. Cela permet également l’émergence de nouveaux acteurs qui s’appuient sur des modèles « as a service », plus flexibles et proches des besoins. Cet axe d’innovation du bâtiment doit être en cohérence et en collaboration forte avec les enjeux de la stratégie de réduction des consommations d’énergie. Le bâtiment doit aujourd’hui répondre à de nombreux enjeux, sociétaux, sociaux et environnementaux. C’est la raison pour laquelle tous les corps de métiers et parties prenantes doivent être en cohérence.


“Il est important que les acteurs de l’immobilier soient vigilants à l’équilibre entre les bénéfices apportés et leurs impacts environnementaux.”

Béatrice Moal


Ces innovations, souvent issues du monde du digital, parviennent à transcender les limites de différents métiers du bâtiment. Pour quelles raisons et avec quels objectifs ?
B. M. – Les métiers traditionnels de l’immobilier doivent aujourd’hui surfer sur de nouveaux modèles et faire évoluer leurs offres s’ils veulent rester compétitifs : par exemple, le métier de Property Manager évolue fortement et se transforme en opérateur de services du bâtiment. Les technologies et l’infrastructure du bâtiment évoluent également très rapidement et migrent vers des architectures IT, ce qui demande aussi des compétences nouvelles à toute la chaîne des acteurs : concepteur, intégrateur, exploitant… Les opportunités sont donc énormes, que ce soit pour les acteurs traditionnels ou pour de nouveaux entrants. Avec l’émergence du coworking, le siège social doit lui aussi évoluer et proposer une offre de services attractive pour fidéliser et attirer les nouvelles générations et les entreprises de la Tech. Welcome at Work !, par exemple, qui se propose d’animer les lieux avec une solution phygitale : une présence humaine pour créer du lien et une plateforme digitale pour réserver son cours de sport ou commander son bouquet de fleurs.

C. H. – Les freins historiques à l’émergence du bâtiment serviciel sont en train de se lever : les technologies sont désormais mâtures. Une série de labels les encadrent et accélèrent le développement de la technologie, dont le R2S (Ready to Services) qui vise à garantir la capacité des bâtiments à fournir des services. Notre infrastructure industrialisée EcoStruxure, basée sur des produits connectés et le pilotage des équipements, garantit une évolutivité du bâtiment à des services innovants. Cette brique interopérable est complètement ouverte pour introduire les technologies à venir sur l’ensemble du cycle de vie des parcs immobiliers.

Depuis quelques années, le bâtiment sort de sa stricte considération de coquille en intégrant des considérations de gestion active, pour arriver aujourd’hui à la notion de services aux usagers. Comment vivez-vous ces mutations sur le terrain ?
A.-S. P.-F. – Nous sommes effectivement en pleine transition numérique et je suis convaincue que le bâtiment doit s’adapter à cette nouvelle ère industrielle qui s’annonce connectée. Un premier pas a été fait en 2017 avec la signature de la charte d’engagement volontaire de la filière du bâtiment, qui a permis de définir les grandes missions du bâtiment connecté. Reste à présent à fixer la finalité de cette évolution à travers la création de règles communes aux nouveaux usages pour une meilleure lisibilité du consommateur. Cela fait partie des véritables enjeux de demain et à mon sens, IGNES est légitime pour éclairer la société sur cette notion d’habitat intelligent, sans oublier bien sûr ses prérequis, qui reposent sur la nécessité d’infrastructures électriques et de communication (voix, données, image) fiables et sûres. Ensuite, la notion de services aux habitants est inhérente à l’évolution du logement connecté. Créer des solutions connectées dans les logements n’est pas une fin en soi, c’est seulement une nouvelle possibilité technologique qui ouvre la voie pour in fine offrir un nouveau service ou un service réinventé aux occupants. Les équipements doivent être évolutifs afin de s’adapter aux différents cas d’usages et aux besoins des consommateurs, tant dans les logements neufs que dans l’ancien. Si l’on prend l’exemple des solutions portées par les fabricants représentés par IGNES, vous trouverez des solutions qui contribuent au pilotage intelligent du chauffage, de la climatisation, de l’alarme, du contrôle d’accès, de l’éclairage, des ouvrants, des prises électriques ou encore des bornes de recharge des véhicules électriques… Ils ouvrent la voie à de nouveaux services, par exemple d’autonomie, ou deviennent même une réponse à la demande de flexibilité du réseau électrique.

B. M. – Nous vivons ces mutations quotidiennement au travers de nos missions. Notre équipe digitale conseille et accompagne les acteurs de l’immobilier et les entreprises utilisatrices à définir et mettre en œuvre leur offre de services : réserver une salle de réunion, commander un repas, déclarer un incident, recharger son véhicule électrique, communiquer avec ses collègues… L’important est d’identifier les services utiles qui vont transformer et simplifier le quotidien des utilisateurs pour leur proposer des expériences uniques. Ces projets se multiplient, mais nécessitent d’être menés en amont et accompagnés jusqu’à l’adoption définitive par les utilisateurs. Dès la conception des bâtiments, il faut se poser la question des usages et travailler sur les parcours des futurs utilisateurs, en impliquant à la fois les collaborateurs, les RH, les DSI, ou encore les DET.

C. H. – Schneider Electric souhaite diffuser l’innovation aux marchés de masse, et cela passe par l’industrialisation du Smart Building. En ce sens, Schneider Electric et d’autres acteurs investissent sur la formation de la filière, des professionnels et des jeunes générations, aux nouveaux métiers de l’énergie. Nous nous positionnons en tant qu’acteur pivot, et nous travaillons de concert avec d’une part, une filière spécialiste, les EcoXperts, en capacité de délivrer des bâtiments Smart à l’échelle industrielle et dans tous les territoires ; et d’autre part, au sein d’un écosystème de partenaires technologiques qui enrichit et sécurise la proposition de valeur pour nos clients. Concrètement, Schneider Electric va déployer cette année la nouvelle plateforme collaborative Exchange pour faciliter les synergies dans toute la filière Smart.

En plus de la gestion de données locales, le Smart Building implique le traitement d’importants volumes de données, notamment dans le Cloud. Voyez-vous les majors du digital comme de potentiels futurs concurrents ou partenaires ?
C. H. – Deux approches complémentaires cohabitent dans le Smart Building : la première concerne l’infrastructure de connectivité du bâtiment, dans laquelle nous retrouvons les constructeurs traditionnels d’équipements et d’infrastructures IoT. La seconde touche l’aspect purement digital du bâtiment, dans lequel les schémas habituels de compétition sont obsolètes et dont les acteurs se trouvent généralement en « coopétition », c’est-à-dire qu’ils nouent des partenariats en fonction des besoins des clients finaux et des usages attendus. Dans le monde traditionnel de la construction de bâtiments, ceci représente une petite révolution et demande de nouvelles formes de collaboration, de l’agilité commerciale et, bien sûr, l’ouverture des technologies.

B. M. – Dans la logique de transition environnementale du secteur immobilier que nous défendons chez ARP-Astrance, il est primordial de faire du digital à impact positif. Ne pas utiliser des solutions qui consomment trop d’énergie ou qui auraient recours à des terres rares ou à des procédés non éthiques. C’est pourquoi, en partant des usages, nous pouvons parvenir à limiter le volume de données pour ne collecter et ne stocker que celles qui auront, in fine, une utilité. La notion de donnée utile est fondamentale pour la réussite d’un projet de Smart Building. Les majors du digital auront et ont déjà un rôle capital à jouer dans le stockage et la sécurisation des données, notamment dans le Cloud.

A.-S. P.-F. – Pour qu’un logement soit connecté, il doit notamment être doté d’un point central d’intelligence qui fasse le lien avec les équipements connectés. Ce point central d’intelligence peut se situer dans une box (différente de la box Internet) ou directement dans un produit ( radiateur, thermostat…). L’interopérabilité et l’ouverture sont très importantes dans ce cadre. Les systèmes doivent, qu’ils soient locaux ou dans le Cloud, préserver et garantir la sécurité des données. Dans ce cadre, les géants du digital (Google, Apple…) contribuent également à définir des standards internationaux applicables au Smart Building en lien avec certaines entreprises françaises.

Quels sont, selon vous, les avantages d’un Smart Building par rapport à un bâtiment classique ? 
C. H. – Un Smart Building est avant tout un bâtiment connecté à son environnement, conçu et exploité en mode collaboratif par toutes les parties prenantes. Il se distingue particulièrement du bâtiment classique sur trois aspects. C’est un bâtiment efficace, qui optimise ses coûts de fonctionnement afin d’atteindre des objectifs de performance énergétique et de tendre vers la décarbonation. C’est un bâtiment flexible, ou Smart Grid Ready, qui produit de la flexibilité et la met à disposition, en optimisant ses coûts énergétiques en fonction des prix. Enfin, c’est un bâtiment créateur de services qui, par l’exploitation de la donnée, contribue à la productivité de l’activité hébergée ainsi qu’au bien-être et au confort des usagers.

A.-S. P.-F. – Cette notion de bien-être et de confort fait en effet partie des atouts du Smart Building, tout comme la notion de services aux usagers et celle de l’efficacité et de l’économie énergétique. Mais aussi en termes de sérénité (dispositifs anti-intrusion et évacuation du bâtiment). Enfin, il peut être une réponse aux besoins croissants d’autonomie et de maintien à domicile des seniors, de manière à promouvoir le « bien vieillir chez soi ».

B. M. – Le Smart Building permet d’enrichir les expériences dans les bâtiments et animer les communautés, d’améliorer la performance des organisations en proposant des espaces de qualité, en termes de bien-être et de confort, et optimisés, en maximisant le taux d’utilisation des surfaces grâce à la mesure d’usage, par exemple. Il est également source de valorisation de son actif immobilier et permet la réduction des coûts d’opération et d’exploitation, ainsi que l’augmentation de l’usage des bâtiments en les connectant à leur quartier et à d’autres communautés.

La technologie est-elle la clé de la transition énergétique et environnementale des bâtiments ?
A.-S. P.-F. – La technologie numérique est l’élément incontournable pour parvenir à cette transition énergétique et environnementale des bâtiments. Néanmoins, cette technologie n’a d’utilité que si elle est liée aux usages. Les solutions de gestion active favorisent bien le pilotage intelligent des équipements et créent du lien entre les équipements et le consommateur. La technologie se retrouve donc au service de l’occupant final pour l’aider à mieux consommer, au moment opportun et pour un coût optimal.

B. M. – Chez ARP-Astrance, nous croyons dans l’approche du bâtiment frugal en matière et en technicité. Elle nous paraît incontournable si nous voulons réussir collectivement la transition environnementale du secteur de la construction. La technologie n’est pas la clé de voûte. Elle peut avoir un rôle à jouer, notamment à l’échelle des quartiers et des territoires dans des logiques de mutualisation de ressources et aussi dans les réponses à apporter face à un autre enjeu crucial qu’est l’adaptation au changement climatique.

La France figure parmi les pionniers sur ces sujets, portés par des entreprises à la pointe de l’innovation dans la filière électrique, notamment. Quels sont les atouts de la France dans cette course à l’innovation ?
C. H. – La spécificité française est son modèle qui réunit de grands groupes industriels, capables de déployer massivement des technologies robustes, et un terreau fertile de TPE, PME et start-up dotées d’une grande agilité, d’une forte capacité d’innovation et d’un maillage territorial. La présence de grands groupes de l’IT sur le territoire français, parmi lesquels Schneider Electric a noué des partenariats, garantit robustesse et innovation des technologies, comme nous avons pu le constater en janvier dernier au CES de Las Vegas, avec une forte présence des start-up et groupes français sur cette vitrine mondiale. Les acteurs importants du BTP construisent massivement à l’international et intègrent les technologies françaises.

A.-S. P.-F. – Les leaders mondiaux de l’industrie électrique sont Français et nous pouvons en être fiers ! Il en est de même pour de nombreuses PME très innovantes dans le secteur. C’est ce foisonnement d’acteurs dont l’expertise est reconnue à l’international qui pousse le marché dans la course à l’innovation. Ce savoir-faire français de l’univers électrique inspire de nombreux pays étrangers et sert de référence pour les standards normatifs internationaux !

Comment imaginez-vous le bâtiment innovant de 2030 ?
B. M. – Nous imaginons que le bâtiment 2030, au-delà de l’usage, réponde aux principaux enjeux étroitement liés, sociaux, sociétaux et environnementaux. Pour cela, il doit être résilient et inclusif. Il doit être pensé de manière flexible pour pouvoir évoluer dans le temps et s’adapter à la multiplicité des usages auxquels il sera confronté sur sa durée de vie. Il doit s’intégrer dans le quartier et interagir avec les populations locales. Enfin, il doit pouvoir répondre à l’urgence de s’adapter face au changement climatique tout en le rendant le moins énergivore possible, et si possible à biodiversité positive.


“La notion de bien-être et de confort fait partie des atouts du Smart Building, tout comme les services aux usagers et l’efficacité énergétique.”

Anne-Sophie Perrissin-Fabert


Dans ce numéro bisannuel, j3e donne la parole aux actrices de la filière, tout en gardant ses thèmes inchangés. Observez-vous une féminisation ou une recrudescence des vocations féminines au sein de vos entités ?
A.-S. P.-F. – La féminisation des entreprises industrielles électriques est en progression, même si les enjeux de la filière électrique restent souvent méconnus et peu attractifs auprès des femmes. C’est en les sensibilisant dès leur arrivée en BTS, IUT, ou grandes écoles de commerce et d’ingénieur que nous parviendrons à leur faire découvrir que des défis passionnants et situés au cœur de l’actualité sont à découvrir dans les domaines du bâtiment connecté, de la rénovation énergétique, de la cybersécurité, de la sûreté ou encore du maintien à domicile.

C. H. – La tendance est en effet très positive, et parfaitement en résonance avec la politique de diversité et d’inclusion que mène Schneider Electric dans toutes ses entités à travers le monde. En France, nous comptons 30 % de femmes parmi nos effectifs, ce chiffre s’expliquant en partie par le nombre important de postes techniques de notre société. Nous nous réjouissons de l’augmentation des recrutements de talents féminins sur ces dernières années : en 2019, 41 % des embauches externes concernaient des femmes. Et nous continuons nos actions pour assurer la promotion de nos métiers auprès des jeunes femmes.

B. M. – Chez ARP-Astrance nous avons cette particularité d’être composés de 65 % de femmes depuis de nombreuses années. Nous essayons d’ailleurs de rééquilibrer la parité homme/femme, mais dans l’autre sens ! Nous avons cependant un comité de direction parfaitement égalitaire, ce qui en fait sans aucun doute notre force.

Selon la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, 90 % des algorithmes actuels ont été créés par des hommes. Et ce chiffre aurait des conséquences au quotidien, puisque les algorithmes de reconnaissance faciale, notamment, auraient plus de mal à reconnaître les femmes. Quels seraient les bénéfices à accueillir davantage de femmes dans les équipes de recherche et d’innovation ?
C. H. – Les bénéfices sont réels et multiples. Des études démontrent que la diversité apporte des gains de réflexion et de créativité indéniables. Les équipes mixtes se révèlent plus innovantes et performantes, et offrent une prise en compte plus large des besoins, ce qui se traduit notamment par une expérience client optimale. Des équipes mixtes de recherche et d’innovation plus efficaces, plus pertinentes, plus créatives : autant d’arguments qui devraient en plus contribuer à l’attractivité de ces métiers pour d’autres femmes !

A.-S. P.-F. – Pour bien cerner les attentes des consommateurs, qui sont les utilisateurs finaux de la maison connectée, les salariés des entreprises industrielles doivent être le reflet de la société. C’est cette diversité qui crée de la richesse dans les échanges et donne une vision stratégique plus globale des enjeux d’aujourd’hui et de demain. Il est primordial de donner une place toujours plus grande à la diversité et à la parité en entreprise pour des postes stratégiques.

Quelles sont les solutions pour encourager la féminisation des métiers techniques et d’ingénierie ?
C. H. – De nombreuses démarches et initiatives sont entreprises au sein de Schneider Electric. Nous suivons par exemple le réseau d’ambassadrices, qui a émergé de la volonté de femmes de l’entreprise et dont le développement au sein de Schneider Electric a été accompagné par la direction Diversité. Nous comptons désormais une centaine d’ambassadrices, qui se déplacent au sein des lycées en France afin de susciter des vocations dès les premiers choix d’orientation. En 2019, nos ambassadrices ont rencontré plus de 3000 lycéens, dans des établissements de cursus général et technique. En interne, nous bénéficions par ailleurs d’un dispositif de promotion des femmes sur des postes à responsabilités, avec des programmes de coaching, mentoring et des formations de leadership.

A.-S. P.-F. – Nous avons besoin de femmes qui rayonnent dans toute la filière ! L’ancienne présidente d’IGNES, Sophie Breton, Senior Vice President région Asie Pacifique Chine du groupe Hager, Chrystel Heydemann, présidente-directrice générale de Schneider Electric France ou encore la nouvelle directrice générale de Somfy France, Angélique Longeray ont des parcours professionnels remarquables. Véritables modèles, elles donnent envie à d’autres femmes de s’orienter vers cette voie. Je pense que la promotion dès le plus jeune âge est importante pour la découverte des métiers de l’industrie électrique et électronique et susciter des vocations de futures dirigeantes d’entreprises industrielles. C’est d’ailleurs l’une des actions que le réseau Elle@Legrand mène au sein de la filière, en organisant au sein de collèges et de lycées des rencontres avec des jeunes filles en quête d’orientation.

Propos recueillis par Alexandre Arène

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