E. Blanchet, DG de Deepki : ‘‘ Pour près de 40 % des bâtiments, il est possible de réaliser des économies d’énergie par la reprogrammation des équipements existants. ’’

Créé en 2014 par Emmanuel Blanchet et Vincent Bryant, Deepki a pour objectif de piloter la performance énergétique des grands parcs immobiliers. Son métier est d’agréger toutes les données du bâtiment, de les mettre à disposition et de les analyser à l’aide d’algorithmes de préconisations opérationnelles à grande échelle pour suivre des parcs de quelques dizaines à plusieurs milliers de bâtiments. Lors de la période de confinement, cette analyse des données a permis à Deepki de mettre en lumière des anomalies de consommations, symptômes d’une mauvaise opération des bâtiments.

Quel est le principal enseignement de l’analyse des bâtiments en période de confinement menée par Deepki ?
Emmanuel Blanchet –
Pendant le confinement, le parc tertiaire était en majorité inoccupé. Nous avons continué à piloter les bâtiments pour le compte de nos clients, ce qui nous a permis de mettre en lumière des éléments intéressants. Durant une période d’inactivité, l’arrêt total du bâtiment n’est pas possible, car certains équipements, comme la ventilation ou les systèmes de sécurité, doivent continuer à fonctionner. Mais par exemple, certains bâtiments inoccupés affichaient des consommations équivalentes à celles d’une semaine type en fonctionnement normal, ce qui constitue un gaspillage pur et simple. Nous considérons dans ce cas que la reprogrammation des équipements n’a pas été effectuée correctement, ce qui nous permet d’identifier des leviers d’action évidents pour nos clients. Si un bâtiment n’est pas capable de s’adapter à une transition si brutale, c’est qu’il présente un fort potentiel d’amélioration de sa performance par la simple reprogrammation des équipements. En effet, s’il ne s’adapte pas à une soudaine baisse d’activité, c’est souvent le symptôme que la régulation ne se fait pas bien non plus le soir et le week-end, lors d’une période de fonctionnement normale.

Comment expliquez-vous ces anomalies de fonctionnement ?
E. B. –
La plupart des gros bâtiments possèdent des équipements centralisés type GTB/GTC, pour piloter les équipements. Seulement, le bâtiment évolue tout au long de sa durée de vie et change parfois de propriétaire, de locataire, d’exploitant… Les reprogrammations des systèmes sont très rares et la tendance est souvent à conserver les systèmes dans leur état de fonctionnement antérieur, par crainte de dérégler l’installation. Souvent, les exploitants héritent d’un historique sans y toucher et la programmation n’est plus adaptée à l’usage réel. Dans le cas du confinement, l’usage réel correspond à une période d’inactivité. Mais cet usage réel est souvent décorrélé des systèmes de pilotage du bâtiment même en période classique, comme c’est le cas pendant les vacances, les week-ends, ou même lorsqu’il y a un changement de locataire. Par exemple, si le locataire précédent avait un usage du bâtiment le week-end et que le locataire suivant l’occupe plus classiquement uniquement en semaine, l’équipement n’est souvent pas reconfiguré. Cette période a été un révélateur et a permis de souligner des anomalies chroniques.

Quel est donc le potentiel d’économies que permettrait une simple reprogrammation des équipements ?
E. B. –
Notre enquête révèle que pour près de 40 % des bâtiments, il est possible de générer des gains significatifs juste par la programmation ou la reprogrammation des équipements existants. On ne parle pas de rénovation énergétique ou de changement d’équipement, mais simplement de mieux opérer un bâtiment. Souvent, pour des équipements lourds comme les GTB, le fonctionnement est optimal les deux ou trois premières années après l’installation, il l’est moins au bout de cinq ans et plus du tout passé dix ans. Lorsque vous le multipliez par la centaine ou le millier de bâtiments que constitue un parc, les économies à réaliser sont gigantesques. Ces surconsommations sont simplement dues à une mauvaise gestion de l’actif.

Propos recueillis par Alexandre Arène

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