Luminaires UV-C : à quand une communication des pouvoirs publics ?

Sébastien Flet Reitz, président du groupe de travail UV-C à LightingEurope et directeur technique du Syndicat de l’éclairage – © DR
Sébastien Flet Reitz, président du groupe de travail UV-C à LightingEurope et directeur technique du Syndicat de l’éclairage – © DR

Sébastien Flet Reitz, président du groupe de travail UV-C à LightingEurope et directeur technique du Syndicat de l’éclairage, évoque le potentiel des luminaires UV-C, mais aussi la nécessaire implication des pouvoirs publics pour sensibiliser le public sur les précautions d’usage.

La technologie de désinfection par UV-C et luminaires UV-C n’est pas récente. Comment s’est-elle développée ?
Sébastien Flet Reitz – Elle a été largement appliquée depuis 1910, date à laquelle elle s’est révélée un outil efficace pour prévenir la propagation des maladies. C’est donc un outil efficace pour lutter contre les micro-organismes et les virus, notamment le SARS-CoV-2. Les technologies de désinfection par UV-C contribuent déjà à la lutte contre la pandémie. Ce sont des lampes à vapeur de mercure basse pression, munies d’un verre spécial, qui étaient jusqu’à maintenant utilisées ; aujourd’hui des appareils utilisant des LED apparaissent aussi.
La fiabilité de cette manière de désinfecter est bien connue et s’effectue en fonction des bactéries et des virus qui ne demandent pas tous la même quantité d’UV-C. Des études doivent être réalisées pour bien dimensionner les installations et des précautions d’utilisation doivent être respectées.

Vous êtes président du groupe de travail de LightingEurope sur les UV-C, où en sont vos réflexions sur le sujet aujourd’hui ?
Sébastien Flet Reitz –
L’enjeu est de passer d’un secteur de niche à un segment professionnel beaucoup plus large, donc accessible au plus grand nombre, ce qui ne pose pas de difficulté en soi, mais qui demande que l’on prête une attention particulière quant à « l’après ». La phase « avant-vente », c’est-à-dire tout ce qui concerne la conception et le fonctionnement, est bien maîtrisée ; en revanche, la filière n’est pas encore mature pour l’installation, la maintenance et l’utilisation des solutions UV-C. Prenons l’exemple de la voiture : lorsqu’elle est apparue, les rues existaient déjà, mais il a fallu organiser la voirie, créer un code de la route, organiser l’espace public, etc. Pour les luminaires UV-C, les mêmes questions se posent : il faut édicter des règles de bonne pratique, mais comment va-t-on procéder ? De même que ce ne sont pas les fabricants d’automobiles qui se sont chargés de structurer l’espace public, ce n’est pas la responsabilité des industriels de procéder à cette organisation. Même si, dès l’automne 2020, LightingEurope a publié un guide accompagné d’une foire aux questions et qu’en France le Syndicat de l’éclairage prépare en ce moment une brochure sur le sujet, nous pensons qu’il incombe aux autorités de prendre les choses en main. L’industrie de l’éclairage, que ce soit au niveau européen ou français, demande aux pouvoirs publics d’évaluer cette technologie à sa juste valeur et d’organiser l’utilisation des solutions qui sont développées. Les produits se multiplient et arrivent sur un marché « grand public » qui n’est pas averti quant aux précautions à prendre lors de leur fonctionnement. L’analogie avec la voiture s’arrêtera là : il n’est aujourd’hui absolument pas recommandé d’utiliser la désinfection par UV-C dans un cadre domestique. C’est donc aussi pour cela que les autorités doivent donner un cadre à l’usage de cette technologie.

« Il a été prouvé que la technologie UV-C désactive, sans exception, tous les virus contre lesquels elle a été testée. LightingEurope préconise l’installation de technologies de désinfection par UV-C dans le cadre de la “vague de rénovation” de l’UE, ainsi que l’application et le respect des règles et normes de sécurité existantes », LightingEurope.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Sébastien Flet Reitz – La connaissance des UV-C dans l’inconscient collectif est insuffisante, voire inexistante, pour pouvoir utiliser les UV-C à grande échelle. Au même titre qu’on sensibilise le grand public sur les gestes barrières, le port du masque, le respect des doses prescrites dans la prise de médicaments, etc., on peut imaginer que les instances de santé expliquent, et mettent en garde sur les précautions à prendre pour utiliser les luminaires UV-C en toute sécurité, tout en expliquant les bénéfices de ces techniques. Aujourd’hui, on sait que le coronavirus se transmet beaucoup par les aérosols. La désinfection de l’air prend donc tout son sens, elle est même essentielle et elle peut se faire dans de bonnes conditions. La norme ISO 15858 donne les spécifications minimales de sécurité pour les produits et équipements utilisant des lampes UV-C et la norme EN 62 471 définit quatre groupes, de 0 à 3, en fonction du risque photobiologique. Les produits sont donc bien encadrés ; d’ailleurs, le système d’alerte européen Rapex a déjà rappelé des luminaires UV-C non conformes. La Global Lighting Association a, de son côté, proposé des directives.

L’efficacité des solutions UV-C n’est plus à démontrer, mais il faut donner un cadre à la façon de les utiliser. Les industriels de l’éclairage en appellent aux autorités de santé pour communiquer largement sur le sujet et organiser un « code de la route » des UV-C.

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Cet article fait partie du Cahier technique de Lumières N°34 consacré aux luminaires UV-C.

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